| mercredi 29 décembre 2010, a 14:08 |
| "Inspiration" |
Pour tout vous dire, ce texte n'est que le fruit d'une petite heure de volubilité, et après avoir lu que je devrais profiter de cet état de grâce pour écrire, je me suis lancée... En espérant que le peu de temps passé à l'écrire rachètera ses balourdises (ce texte a été censuré pour évacuer toute ressemblance avec des personnes ayant existé ou existant).
Passer ainsi du rire aux larmes, et inversement, n'était pas du tout dans sa nature. Il fallait que ce soit lui, et nul autre, qui lui parle de la sorte pour qu'elle réagisse ainsi. Chacun de ses mots, comme la mélodie la plus pure, pouvait la renverser et, tout aussi aisément, la soulever vers le ciel ou bien l'envoyer se briser contre de sombres rochers. Sa voix, qui lui avait parue si quelconque au début, s'enrichissait, à mesure qu'elle l'étudiait plus attentivement, de milliers de nuances, de l'ironie la plus subtile à un sérieux parfois inattendu. Et ses yeux, quand il parlait… Ses yeux étaient sans doute ce qu'il avait de plus beau, même si elle avait appris à aimer l'harmonie qui se dégageait de ses traits, de ses sourires, de son visage, qu'il soit endormi ou éveillé. Ses yeux étaient clairs et limpides comme une nuit d'été, lumineux comme le ciel au lever du jour. Ses yeux reflétaient une âme qu'elle voulait croire sans mélange, sans compromis, sans tache. Oh, bien sûr, chacun avait sa tare, et il devait bien en avoir une, soufflait une partie de sa raison. Mais la raison n'avait que peu de prise sur l'admiration absolue, sur l'inclination impétueuse de la jeune femme pour cet homme de sept ans son ainé, qui avait su combler ses attentes dans tous les domaines à l'exception d'un seul.
Il ne l'aimait pas, et elle était persuadée qu'il ne l'aimerait jamais. C'était une fatalité à laquelle elle s'était faite, espérant secrètement, sans trop y croire, qu'à force de l'écouter, de le presser d'attentions puis de le laisser vivre sa vie jusqu'à ce qu'il revienne vers elle, de le faire rire, de le faire désirer, de lui laisser la jouissance de son corps et de le mener jusqu'au plus profond de ce qu'elle était, elle parviendrait à attirer son regard et son cœur. Pareille dualité, pareille opposition entre espoirs et perspectives ne lui laissait plus de repos, et dans ses rêves il venait continuer de lui infliger la délicieuse torture qu'elle subissait tout le jour. Et sans cesse son nom affleurait aux lèvres de l'amante qui ne resterait jamais qu'une femme parmi d'autres ayant partagé sa couche, une femme parmi toutes celles, plus expérimentés, plus habiles, plus sûres d'elles, qui l'avaient mené jusques aux cieux. Et ce nom n'était guère qu'un instrument de plus qui faisait de ses délices son tourment. Et sans cesse elle le murmurait, comme une prière à son archange, comme pour le supplier de lui donner ce qu'il lui refuserait toujours.
« Mon amour, mon ange, qu'ai-je donc fait qui te déplaise tant ? Quelle sera donc la voie à emprunter pour parvenir jusqu'à toi ? Faudra-t-il que je t'assiège comme une forteresse, que je fasse tomber une à une tes défenses, qu'enfin tu ne puisses plus te cacher derrière ton apparente sauvagerie et tes faux semblants ? Oh mon ange, j'aimerais tant qu'un jour tu m'ouvres ton cœur, pas pour me dire que tu en aimes une autre, non, ni pour que tu te caches derrière ta marionnette pour éviter de me répondre, mais pour me déclarer une flamme moitié aussi ardente que la mienne. Je m'en contenterais, tu sais… Avec tout l'amour que je te porte, je pourrais aimer la terre entière, et depuis que je te connais, j'ai l'impression que le monde s'est éclairé, que j'ai enfin un chemin devant moi, que je peux avancer non pas pour moi ou pour faire honneur à mes parents, mais pour toi, uniquement pour toi. Toute la gloire, tout l'honneur que je pourrais retirer de ce que je fais, je voudrais pouvoir les déposer à tes pieds comme un soldat vaincu dépose sa lame devant celui qui a triomphé. Mais cela, tout cela, toute cette peine et toute cette joie que tu m'as léguées dès la première fois où tes lèvres m'ont touchée, tout cet univers indéfinissable, tu me forces à le garder par devers moi. Je rêve de toi, je te vois la nuit, le jour, au crépuscule aussi bien qu'à l'aube, je sens tes mains m'effleurer doucement et tes lèvres suivre mon cou, et je brûle d'un feu sans répit qui me consumera bien un jour. Si tu savais le tiers du quart de ce que je te cache si soigneusement pour ne pas te perdre, ces larmes que m'arrachent mes transports, ces éclats de rire fous quand je pense à tes plaisanteries et tes moqueries, ces sombres périodes d'apathie où je réalise soudain que tout cela ne recommencera jamais si je n'en prends pas l'initiative, tout simplement parce que tu te moques bien que j'existe, si tu savais tout cela, comme tu rirais ! Et ton rire m'anéantirait, corps et âme, mon refuge deviendrait le pire des enfers, et mon âme la pire des prisons. Crois-le ou non, je t'aime et j'ai besoin de toi. Oh, si seulement tu pouvais me le rendre, même à moitié… M'aimer à moitié comme je t'aime, cela suffirait à remplir une vie. »
Et elle chantait à celui qu'elle aimait, enfilant les mots d'une langue ancienne comme de délicates perles le long d'un fil de soie, enchainant note après note sur une mélodie lente, comme résurgente des temps anciens. Elle sifflait, elle chantait, elle pleurait aussi. Les larmes n'étaient qu'une conséquence parmi tant d'autres de son absence… Avant lui, elle ne chantait ni ne sifflait plus, elle ne pleurait plus, elle ne riait plus. Plus avec cet éclat, avec cette ardeur qui la caractérisaient désormais. Au contraire, elle errait comme une âme en peine, laissant s'égrener les heures comme un long chapelet qui devait être dit sans avoir de signification particulière. A présent, s'étant trouvé un fardeau digne d'elle et de son cœur, elle avait retrouvé sa joie de vivre. Et la lente mélopée la suivait, rythmant les longues heures sans lui, précédant l'entrain que causeraient leurs retrouvailles.
Quand il lui dit, un jour, qu'elle devrait écrire pour profiter de cet entrain qui semblait la tenir, elle fit mine de lui rire au nez, et dès qu'il s'en alla pour quelques instants, elle se saisit d'une mine et jeta en vrac tous les mots qu'il lui inspirait. En un rien de temps, une page en fut couverte. Et, soigneusement, elle les cacha, les déroba à son regard, et voila de nouveau sa tristesse en le voyant repartir. Alors elle reprit son feuillet, l'acheva, en commença un autre puis, arrivée peu avant sa moitié, elle finit par y déposer un point final, au bout d'une dédicace qu'elle espérait aussi vivante que sa flamme, aussi empreinte de symbole que son amour.
D'an hini a garan... |
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| vendredi 23 avril 2010, a 17:35 |
| Au commencement |
Ils seront trois livres ou parties, et le troisième devrait, à un court prologue près, s'ouvrir ainsi :
"Un cheval ailé, monté par une femme d'allure
fière et martiale, s'élance dans le ciel. Sous elle, flammes et terreur, mort
et destructions s'amoncellent et se chevauchent. Désespoir. Peur. Elle tente
d'aider les lances en dessous d'elle, mais quelque chose l'en empêche, et le
cheval est touché, elle ne sait pas par quoi. A peine posée pour le soigner,
elle est encerclée. Hideuses créatures que celles là, les plus répugnantes que
l'on sache voir. Œil de travers, dents déchaussées, nez tordu, entaillés de
multiples blessures récentes et marqués de nombreuses anciennes cicatrices. Ils
l'empêchent de partir. Peur de la magicienne. Pas un bruit ne semble s'élever.
Puis un cri. Viens ! Et une
ombre s'abat. Une autre bête, il n'en a jamais vu de semblable, s'abat sur les
assaillants, les décime et les disperse. La guerrière est libre. Epée tirée,
elle monte sur la bête et reprend son chemin. Les hideuses créatures reculent.
Elle regarde le dormeur dans les yeux. Et tout disparaît.
Et il se
réveille. Icarasht, dit Icaré, mercenaire, se redresse dans sa tente. Depuis
des mois cette femme hante ses nuits. Il ne la connaît pas, il ne sait rien
d'elle, sinon qu'elle chevauche un cheval ailé, qu'elle ne se bat presque pas
avec une arme conventionnelle, mais semble bien plutôt soutenir les soldats qui
s'entretuent, en bas dans la plaine.
La première
fois où elle lui était apparue, elle brandissait une bannière outremer et
argent au dessus d'un champ de bataille. Elle contemplait des bataillons
avancer victorieusement et mettre en déroute une masse d'ennemis. Puis des
images confuses s'étaient succédées, marquées par des impressions étranges.
Peur, désarroi, soulagement et espoir se succédaient tour à tour. Il s'était
réveillé avec le sentiment que cette femme était émerveillée à la fin de ce
rêve, mais il ne parvenait plus à se souvenir de ce qui avait causé sa
réaction.
Les rêves
revinrent et revinrent encore, nuit après nuit, pendant le long hiver désolé de
sa contrée. Le Pays des Cerfs était en guerre depuis maintenant trois
décennies. Il était né pendant la guerre, avait grandi pendant la guerre,
vivait un âge d'homme sous la menace permanente du conflit."
C'est court, mais je n'ai ensuite que quelques fragments, plus ou moins longs, le tout assemblé faisant une vingtaine de pages... Pour la troisième partie du moins. Et les noms seront probablement changés. Au passage, pour ceux qui suivent depuis un certain temps ou qui ont eu la patience de parcourir le reste des textes présentés ici, il s'agit du tout début de la troisième partie du (futur^^) prologue de la Citadelle des Ombres.
PS : Merci, K. ! Je ne sais pas comment tu as déniché ce blog, mais bien joué^^ Et merci pour tes compliments.
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| mardi 23 février 2010, a 11:31 |
| Le retour de la sale bête |
Eh oui, je suis toujours là, prête à sévir^^ Et, parlant de sévir (ça a assez duré, votre tranquillité, non?), voici une des dernières compositions, réalisée pour un concours de chansons sur les RR.
Soit dit en passant, on relève sans chercher trop longtemps un série de fautes de métrique (quoique les césures soient correctes pour la plupart) : une syllabe en trop ou en moins, notamment. Ce n'est que la version mise en décasyllabes et fondue dans le modèle des chansons de toiles médiévales d'une autre "composition" en alexandrins avec une sorte de refrain de six syllabes.
[b]Chanson du Lieutenant disparu[/b]
Partie en sombre quête de mort, Sur les chemins cherchant la nuit ultime, J'aperçus votre claire âme sans corps Echappée enfin du fatal abîme.
Pas encore, Amour !
Dans le noir je scrutais vos traits adorés, Folle de joie une seconde infime, Et vous de répéter, sans vous lasser, Au creux de l'oreille, murmure intime :
Pas encore, Amour !
Je vous dis : « Pour vous, je vais à trépas », Votre regard se voila ; votre voix Résonna comme jadis, dans vos bras, Loin des cris, des larmes et du froid :
Pas encore, Amour !
Vivez comme autrefois ; aimez encore ! Hors du néant, vous contempler me porte, Vos pensées m'apportent du réconfort, Mais je vous aime vivante, non morte :
Pas encore, Amour !
Et votre ombre disparut dans la nuit, Me laissant seule, sur un doux murmure, Sous ce ciel vide, sans rien qui luît… Depuis lors en moi vos mots perdurent :
Pas encore, Amour !
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| mercredi 16 juillet 2008, a 10:12 |
| Troisième récit enchâssé de "Nagathrem" ^^ |
Non, ça ne m'obsède pas du tout, je rattrappe juste le temps que j'ai perdu^^
Ca, c'est un texte que j'ai présenté à un concours d'écriture, mais bon, il n'était pas assez bon, je suppose^^ On m'avait juste dit qu'il ne respectait pas les consignes de mise en page (pas vrai, j'ai vérifié^^) Bon, bref, c'est pas la question !
Pour tout avouer, le début est un plagiat monumental des textes antiques de Tibulle, Ovide et, parait-il (je ne m'en étais pas rendu compte^^), Hésiode, concernant l'Âge d'Or, c'est à dire une époque idéale. Compte tenu de leur conception cyclique du temps, les Latins pensaient que cet Âge d'Or reviendrait, et le prenaient pour référence, notamment dans leurs Elégies, pour donner à voir une vision idéale du monde combinée à celle d'un amour idéal. Non, je ne referai pas tout mon(mes...) cours de latin à ce sujet^^
Pour en revenir à elle, la nouvelle avait pour titre : Je reviendrai...
Cette histoire remonte à une période ancienne appelée le temps du rêve. A cette époque, le monde existait déjà mais il n'avait pas la forme que nous lui connaissons aujourd'hui… Voici ce que l'on en dit :
Le temps du rêve naquit le premier, qui cultivait la paix sans contrainte, sans peur et sans vengeur ; le pin n'avait pas encore été abattu pour descendre de sa montagne vers les flots azurés, et mille chemins sur mer et sur terre ne s'étaient pas ouverts pour mener à d'aventureuses morts. Le cheval ne mordait pas le mors d'une bouche domptée ni n'arpentait la terre sous un insensible cavalier recherchant voyage et aventure, et le taureau n'avançait pas de son pas pesant sous un joug. En ce temps n'existaient ni guerre, ni colère, ni mortelle épée forgée par un cruel forgeron à l'art inhumain. L'homme et la nature vivaient en harmonie, jusqu'à une époque qui fut une sorte de charnière avec notre ère.
Arriva un temps où les hommes déjà rongés par les tourments se détournaient de l'âge ancien, l'âge d'or du temps du rêve ; à ce moment, l'Epopée des Quatre Sœurs commença.
Mais, avant de me lancer dans le récit de l'aventure des Quatre Sœurs, permettez-moi de vous les présenter… A la frontière de ce temps du rêve vécurent, dans le dernier village avant le bout du monde, quatre sœurs, dont on pensait qu'elles possédaient un trésor précieux. Elles s'appelaient Sindanarie, Merenwar, Melwasul et Nagathrem. Nul ne savait plus quand elles avaient ouvert pour la première fois les yeux sur la fine poussière rouge de la terre et sur la lueur aveuglante du ciel. On murmurait qu'elles devaient cette longévité à un lointain ancêtre, et que c'était de cet ancêtre qu'elles tenaient leurs dons.
Car leurs dons étaient multiples… Ce qui nous ramène au début de mon récit, car ce sont ces dons qui ont causé l'Epopée des Quatre Sœurs, ainsi que l'oubli de leurs bienfaits passés : elles avaient appris en des temps immémoriaux aux habitants de leur village des arts que, malgré leur pourtant immense culture, ils n'avaient pas soupçonnés ; en effet, elles étaient l'aboutissement de la lignée du premier chamane, ni homme ni dieu, mais au savoir supposé infini qu'il avait transmis à ses descendantes.
Un jour qui avait commencé comme tant d'autres, un jour qui aurait dû être offert à l'art et au bonheur, un jour vint qui fut donné à la peur. Car à l'entrée de ce village des Quatre Sœurs, on découvrit une empreinte. Gigantesque, titanesque. Peut-être l'empreinte d'un animal dépassant en taille tous ceux que l'on connaissait. Terrifié, l'homme qui le premier l'avait aperçue se rua à la recherche des Sœurs, car c'était à elles que les mortels confiaient le soin de ce qui les dépassait, et ne put s'exprimer clairement quand il les trouva à l'entrée de leur humble hutte (car en rien elles ne cherchaient à se distinguer de ceux avec lesquels elles partageaient le village, même si devant elles, les hommes croissaient et tombaient comme le blé d'hiver). Aussi les Sœurs le suivirent-elles et arrivèrent-elles devant l'objet de son effroi. C'était une longue empreinte, fine et profonde comme un sillon laissé par le soc d'une charrue dans une terre meuble. La poussière rouge du sol l'avait conservée grâce à une nuit sans vent. Les sœurs, pour la première fois, ne surent que répondre aux questions qui leur étaient posées, et ne purent faire face au désarroi des habitants de leur village. A coup sûr cependant il s'agissait d'une créature plus grande que toutes celles qu'elles connaissaient, et elles-mêmes ne savaient que penser de l'apparition de telles empreintes sans qu'aucun autre signe ne fût découvert.
Demandant aux habitants de retourner à leurs occupations normales, les Quatre Sœurs se mirent à la recherche dans les alentours de tout ce qui pouvaient indiquer quoi que ce soit au sujet de la bête. Elles sentaient que cet animal, si c'en était bien un, les dépassait, et n'accordaient que plus d'attention à sa recherche. Quand Melwasul trouva une seconde empreinte, puis toute une série d'empreintes identiques à la première, les Sœurs sentirent qu'elles pourraient peut-être démêler l'énigme de l'existence de cette créature. Les empreintes indiquaient en effet, pour la plupart, une direction unique. La direction du bout du monde.
Les sœurs rentrèrent au village et l'annoncèrent sans malice (car la malice n'existait pas encore) aux villageois. Le désarroi de leurs visages se mua en terreur. Ils craignaient ce que les Sœurs ne connaissaient pas, car jusqu'ici elles les avaient toujours aidés à tout comprendre. Et dans le cas de cette bête qu'ils ne connaissaient pas, elles ignoraient tout d'elle. Aussi, ils les supplièrent de se mettre en quête de la Bête. Devant leur peur, à laquelle elles ne savaient comment réagir, elles acceptèrent, et ce fut le début de la fin du temps du rêve.
Le soir même, Sindanarie, la première des Quatre Sœurs, partit en direction du bout du monde, promettant un prompt retour. Elle partit alors que le Soleil disparaissait derrière les monts qui se découpaient sur l'horizon dans une lumière sanguine, face à elle. Les jours s'écoulèrent, chacun augmentant la peur, qui se mua en terreur, puis en panique soigneusement refoulée. Chaque matin dès l'aube, les yeux se tournaient vers le bout du monde, cependant que Sindanarie ne revenait pas. Mais Sindanarie avançait chaque jour vers son but, en droite ligne vers la fin de ce qui existait.
Elle arriva ainsi jusqu'à la mer, et au-delà de la mer se trouvait une autre terre. Elle ne la voyait pas, mais elle la sentait. La Bête n'était pas sur les terres qu'elle avait traversées, elle était donc ailleurs. Dans cette direction précise. Au-delà de la mer. Elle laissa alors sa pensée vagabonder, franchir cette mer, se figurer ce qui l'attendait après le bout du monde. Et l'esprit de la Bête la frappa, la happa, l'enveloppa, et elle sut qu'elle était au-delà de ce qu'elle connaissait, quelque chose qui dépassait l'homme et le chamane, terre et ciel, vie et mort. Comment elle passa la mer, elle ne le sut jamais, mais elle arriva sur une terre jusqu'alors inconnue, au-delà de ce que l'on pensait être le bout du monde, et elle vit ce qu'elle cherchait.
Je l'ai trouvé. Son haleine gèle le feu et embrase la glace. Ses yeux rougeoient et foudroient, ses ailes sont comme d'immenses pièces de toile, fines et robustes. Ses griffes s'enfoncent en terre comme le soc d'une charrue et labourent le sol à chacun de ses pas, sa queue fend l'air à son envol. Il est plus beau que la lumière du jour, il rayonne plus encore que le Soleil à chacun de ses mouvements ; même dans l'ombre la plus profonde il répercute une douce lumière qui rassure et réconforte. J'ai trouvé le dragon.
Les jours passaient, Sindanarie ne revenait pas. La panique devenait pratiquement palpable, et les trois Sœurs restantes ne parvenaient plus à calmer les habitants de leur village. C'est pourquoi elles acceptèrent de les laisser former une expédition qui partirait en quête de Sindanarie, à conditions qu'elle suive un chef comme les habitants du village suivaient habituellement les Soeurs. Dès le lendemain, une fois sacré le meneur du groupe, la colonne s'ébranla, car chacun avait déjà organisé, à l'insu des Sœurs, le départ de certains des leurs en direction du bout du monde. Ils franchirent la montagne et parvinrent à la plaine, marchèrent encore et encore, quand au loin ils aperçurent enfin une silhouette nimbée de Soleil, drapée d'un arc-en-ciel, qui avançait vers eux dans la lueur du couchant. La vaste plaine qu'ils parcouraient faussait leur appréciation des distances, et ils ne rejoignirent Sindanarie que le lendemain à l'aube.
La nuit avait passé sur leur peur, qui avait grandi d'autant. Sindanarie ne sut leur dire ce qu'ils voulaient entendre, et de fait eux-mêmes ne savaient pas ce qu'ils voulaient entendre. Aussi, pour la première fois, un homme vivant pendant le temps du rêve céda à la colère, et ceux qui l'entouraient le suivirent, car les hommes sont aisément corruptibles. Qui armé d'un bâton de marche, qui armé d'un boomerang, jusqu'alors destiné à de plus doux loisirs, qui armé d'une pierre, tous d'un seul mouvement furent entraînés par une sombre ire, injustifiée, brutale.
Ce fut le premier meurtre, et dès lors la terre entière allait s'en trouver ravagée. Ils revinrent au village en prétendant ne pas avoir vu revenir Sindanarie, et de fait nul ne la retrouva, car ils avaient caché le corps de la première des Quatre Sœurs ; ainsi la malice naquit à son tour. Aussitôt Merenwar, la seconde des Quatre Sœurs, annonça son départ, et elle partit à la recherche et de la Bête, et de sa sœur.
Et, seule comme sa sœur avant elle l'avait été, elle partit vers le couchant, traversa la montagne, traversa la plaine, et arriva au bord de la mer du bout du monde connu. Comme sa sœur avant elle, elle offrit son esprit au dragon, et comme sa sœur avant elle, elle passa la mer pour prendre pied sur une terre inconnue, portée par un élan irrépressible sur les ailes d'un vent qu'elle ne connaissait pas, et elle vit ce qu'elle cherchait.
Je l'ai trouvé. Plus gracieux qu'un cygne, plus souple qu'un serpent, aveuglant comme la lueur du ciel. Quand il ouvre les yeux, le Soleil trouve deux frères ; quand il les ferme, la nuit perd ses plus belles étoiles. Il est immense, ses épaules soutiennent la voûte céleste, son échine parcourt l'air, ses griffes se plantent profondément dans la poussière du sol. Il respire l'assurance, et sa voix est douce quand il s'adresse à moi. J'ai trouvé le dragon.
Les jours de nouveau passaient au village dans une étrange agitation, l'agitation de la fièvre ; les deux Sœurs qui y étaient demeurées, Melwasul et Nagathrem, l'expliquaient par la peur qu'elles supposaient être celle des habitants du village, tandis que les hommes masquaient par cette agitation leur confusion. En effet, que faire de la Sœur partie à la recherche de ce qu'ils savaient être un dragon, autrement dit pour eux une abstraction dont ils n'avaient connaissance que par les dernières paroles de Sindanarie ? Merenwar ne trouverait pas sa sœur, mais trouverait le dragon, car ce que l'une des Sœurs accomplissait, les autres pouvaient sans peine aucune le reproduire parfaitement. Et le dragon lui apprendrait que Sindanarie était parvenue jusqu'à lui, et qu'elle était ensuite repartie vers le village… Et Merenwar se rendrait ainsi compte que sa sœur avait disparu sur le chemin qu'elle-même avait parcouru à sa suite… Et que, puisqu'elle ne l'avait pas croisée ni même entrevue dans cette vaste et plane étendue, Sindanarie n'avait pas disparu de son plein gré, et par conséquent qu'une active malice avait vu le jour… Merenwar devait mourir pour que soit préservé leur honteux secret.
L'expédition revit le jour, le meneur en fut de nouveau sacré, et la colonne de nouveau s'ébranla rapidement vers le Soleil couchant et le bout du monde. De nouveau ils franchirent les montagnes et passèrent dans la plaine, de nouveau vers eux s'avança la silhouette de l'une des Sœurs ; de nouveau la violence jaillit du bras des hommes, et de nouveau la mort ternit le regard de l'une des Quatre Sœurs. De nouveau une mortelle dépouille fut dérobée aux regards, et de nouveau le mensonge souilla la bouche des hommes.
A son tour Melwasul partit. A son tour elle parcourut la montagne et la plaine, à son tour elle parvint au bord de la mer. Assise face aux flots, le vent soulevant ses cheveux tressés finement, elle regardait un horizon vide, et l'horizon vide l'appelait, et la mer s'ouvrait devant elle, et le vent l'emporta par delà le bout du monde connu, et elle arriva devant lui.
Je l'ai trouvé. Il gît devant moi, vaincu par l'épuisement. Il a fermé les yeux, et sa respiration s'est amplifiée. Son souffle brûlant soulève la poussière du sol, ses muscles tressaillent au rythme de ses songes. Il est calme, il est apaisé ; il luit encore doucement, et il transforme la lumière du Soleil autour de lui. J'ai trouvé le dragon.
L'expédition devenue presque habituelle s'était ébranlée afin de retrouver la troisième Sœur ; personne, hormis Nagathrem, n'était dupe au village : il s'agissait juste de les empêcher de se parler, il s'agissait de les empêcher de découvrir que Sindanarie et Merenwar n'étaient plus, il s'agissait de tuer Melwasul. Et effectivement ils la trouvèrent, et ils la tuèrent comme ils avaient tué ses deux aînées.
Et à son tour Nagathrem partit, car seule parmi tous elle croyait ses sœurs encore vivantes. Elle partit, plus vite encore qu'elles ne l'avaient fait, vers le bout du monde, avec deux simples mots adressés au village : je reviendrai. Cette promesse en fit sourire beaucoup, et elle se méprit sur ce sourire, comme elle s'était méprise sur l'agitation qui régnait au village avant le départ de l'expédition qui était censée ramener Merenwar. La malice galopante s'était répandue.
Nagathrem suivit le chemin parcouru par ses sœurs, et parvint comme elles à la mer, au bout du monde connu, par delà les montagnes et par delà la plaine. Et d'au-delà la mer vint un zéphyr qui la souleva et l'entraîna vers la terre du dragon, loin dans la direction du Soleil couchant, loin du monde jusqu'alors connu, et elle arriva devant le but de leur quête.
Je l'ai trouvé. Là, devant moi. Etincelant de splendeur, miroitant de beauté. Ses ailes s'étendent et se déploient, il fend l'air et s'arrache à la terre. Effilée sa tête, effilée sa queue, affilées ses griffes, élancé son corps, fines ses pattes, jamais je n'avais vu pareille merveille. Ses muscles saillent comme de longs serpents, il s'élance farouche et magnifique comme une flèche de lumière dans le ciel. J'ai trouvé le dragon.
Les habitants du village, débarrassés des Quatre Sœurs, pouvaient enfin penser à leur avenir sereinement. Mais toute sérénité a une fin, et cette fin vint avec le souvenir du trésor des Sœurs ; si les villageois n'avaient pas la preuve de son existence, ils se rappelèrent de cette antique rumeur, et l'envie, nouveau vice mais non le dernier, se fit jour en leur cœur. Il fallait aller à la rencontre de la dernière des Sœurs et lui extorquer ce secret. Et par quel moyen ? Tout moyen qui serait nécessaire pour obtenir ce qu'ils voulaient. Et ils partirent de nouveau à la rencontre de l'une des Sœurs, mais avant de lui ôter la vie, il fallait qu'ils sachent.
Aussi l'expédition déjà trois fois formée franchit de nouveau la montagne, s'avança de nouveau dans la plaine, et aperçut finalement au loin la silhouette de la dernière des Quatre Sœurs. Et quand ils se rencontrèrent enfin, Nagathrem ne reconnut pas ceux qu'elle avait vus naître, ceux qu'elle avait vus grandir, ceux qui à présent se tenaient devant elle. Regard dur, regard dément, regard avide, disparue l'innocence, oubliée, enterrée. Enterrée comme ses sœurs. Elle le comprit aussitôt que les hommes du village, l'encerclant, lui crièrent qu'ils voulaient savoir, avant qu'elle meure comme Sindanarie, comme Merenwar et comme Melwasul, où son trésor était caché. Un trésor ? Oui, ton trésor ! Je n'en ai pas. Si ! Nos parents nous l'ont toujours chuchoté le soir, car leurs parents leur avaient chuchoté à l'oreille le soir, et leurs parents le tenaient de leurs propres parents, et ce bruit avait traversé toutes les générations, et ce bruit devait donc être fondé. Nagathrem eut un sourire, le premier sourire teinté d'amertume.
-Vous n'avez donc rien compris ? Notre seul trésor, c'est notre savoir, et c'était notre bonheur. Vous aussi vous l'aviez déjà, ce trésor, vous étiez heureux. Vous y avez renoncé, et c'est pour ça que mes sœurs ont fermé une ultime fois les yeux… Non, je n'ai rien à vous donner que vous n'ayez déjà eu, et, même si je le voulais, je ne pourrais plus vous transmettre ce que vous avez rejeté : votre ancien bonheur, votre ancienne innocence, votre ancienne vie.
Elle dit, et ses mots se heurtent aux visages fermés de ceux qui autrefois avaient été proches d'elle. Ils se resserrent, ils veulent lui arracher par la force son secret, et elle ne montre pas même un signe de peur. Que craindre quand on a pour soi sa conscience ? Mais eux voient leur propre malice, leur propre audace indigne jusqu'en ce qui est encore exempt de toute souillure. Déjà ils empoignent ses cheveux, déjà ils vont tenter de lui arracher un aveu qui n'a pas d'objet, mais une ombre s'étend dans le ciel, et le Soleil est masqué, et une autre lumière jusqu'alors inconnue d'eux remplace sa clarté. Le dragon fond sur eux et se pose aux côtés de Nagathrem, le dragon les écarte d'un simple mouvement de ses immenses ailes et délicatement soulève Nagathrem pour la reposer sur son échine majestueuse, et tous deux ils s'envolent vers un horizon lointain. Les hommes saisis d'effroi voient alors dans la fine poussière rouge de la terre l'empreinte de la Bête qui les avait tant terrifiés, et aussi vite que leurs jambes flageolantes le leur permettent, ils repartent vers le village, dissimulant la manière dont Nagathrem leur avait échappé et répandant ainsi parmi les leurs la malice, qui jusque là n'avait été exercée qu'entre les hommes et les Quatre Sœurs, illustres descendantes d'une lignée supérieure.
Et Nagathrem volait sur l'échine du dragon, et quand finalement ils furent arrivés à l'endroit précis où elle l'avait vu pour la première fois, il la déposa délicatement à terre. Nagathrem était anéantie, elle ne savait plus en quoi elle pouvait croire ; auparavant le monde était simple, le bonheur prévalait et régnait en maître, l'art occupait des journées, l'éloquence les longues soirées d'été ; le souci qui assombrissait son front n'existait pas, les hommes ne trompaient personne, la mort violente de ses sœurs lui était toujours apparue comme étant une chose simplement impossible. Et pourtant… La première larme coula des yeux de la dernière des Quatre Sœurs, et le dragon vers elle s'avança, car s'il avait à peine parlé aux trois autres Sœurs, à celle-ci il devait explications et réconfort.
- Je peux te mener à elles.
- A mes sœurs ?
- Oui. Le lieu où elles reposent m'est connu, car je connais chaque parcelle de cette terre.
Nagathrem leva les yeux vers le dragon. Sa voix profonde et rassurante ne parvenait même plus à secouer la torpeur qui l'envahissait. Sans un mot, elle enfourcha de nouveau l'échine du dragon, et celui-ci la conduisit à tire d'aile à un tumulus retiré, dont la terre fraîchement retournée laissait deviner le sinistre usage. Nagathrem s'assit à quelque distance, après avoir pris une poignée de poussière sur le tertre, entourant ses jambes repliées de ses bras, et ses larmes alors coulèrent librement. Le dragon se plaça à ses côtés, et, frappant la terre de l'une de ses puissantes griffes, il fit jaillir sur la tombe des trois premières Sœurs un mont rouge comme leur sang, un mont raviné comme par des larmes, un mont qui deviendrait sacré pour tous les peuples de la terre. Alors Nagathrem leva de nouveau son regard vers le dragon.
- Merci.
Le dragon sourit, pour autant qu'un dragon puisse sourire, avec une amertume réelle.
- Je quitte ma terre. Viens avec moi.
- Ta terre ?
- Je suis le garant de ton ère, et j'ai failli : notre temps est révolu, un âge plus dur, un âge de brutes et de sang s'est ouvert, et toi comme moi n'y avons plus notre place.
Le silence entre eux régna un court instant, puis il reprit :
- Les temps ont changé. Je le vois dans cette eau que tu as traversée, je le ressens dans l'air que je respire. Toi-même, qui as perdu tes sœurs, tu le sens, fille de chamane, tu le sens comme aucun humain ne peut le faire. Oui, tes sœurs reposent, et elles ne reposent plus auprès de nous. Allons, dernière survivante du temps du rêve, viens avec moi. Je t'ai menée à elles comme je t'ai menée à moi, car je suis le garant de l'ordre de ce monde, et ce monde aujourd'hui m'échappe. Seuls me restent le départ ou la mort. Viens donc avec moi, chasse la tristesse de ton regard, essuie tes larmes de tes joues et de tes yeux. Là où je vais, les étoiles tournent légères, et puis tourbillonnent, ce ne sont que nuages de glaces auxquels se mêleront nos larmes, des mirages aux creux de nos mains, et nous ne saurons plus rien, et nous ne serons plus rien, car ils nous auront oubliés, tes sœurs, toi, et moi.
Nagathrem ne dit pas un mot. Elle planta son regard dans celui du dragon, puis enfin, sur un signe de celui-ci, se hissa lestement sur son échine, et le dragon s'éleva dans les airs. Sentant le dernier souhait de sa cavalière, il obliqua vers la terre qu'elle connaissait, franchit d'un coup d'aile la mer, et se posa sur l'une des montagnes vers lesquelles Sindanarie la première, puis Merenwar et Melwasul étaient parties pour ne plus revenir. Alors Nagathrem baissa les yeux vers la terre. Elle reconnut ce qu'elle connaissait, et ce qu'elle connaissait lui échappa. Certes, la plaine à ses pieds était toujours bruissante de l'activité humaine ; certes, la poussière rouge était toujours soulevée par les pas de hommes et les sauts de l'agile wallaby ; certes le village où elle avait si longtemps vécu, elle et ses sœurs, avait conservé son emplacement. Mais à son entrée se dressait un fier totem représentant la scène de la mort des Sœurs, et les hommes célébraient leur victoire sur elles au son du didjeridoo arraché aux eucalyptus déjà creusés par les termites. Belle victoire, en vérité, belle victoire que celle que l'on obtient face à un adversaire désarmé, dépourvu d'intentions belliqueuses !
Nagathrem alors renonça. Elle renonça à la vie qu'elle avait menée, à la douce vie au temps du rêve, car s'ouvrait une ère où elle n'avait plus sa place. Les hommes avaient créé la violence et le mensonge, ils avaient fait leurs le voyage et l'aventure sur le modèle de l'Epopée des Quatre Sœurs, parties résolument vers la fin de ce qui existait et vers l'inconnu. Ils avaient inventé armes et meurtres, ils avaient renoncé à la pureté et à l'innocence de la vie au temps du rêve, et désormais s'ouvrait un âge où domineraient crainte et incertitude, aventure et cupidité, mort et tourment.
Levant une dernière fois les yeux vers la lueur aveuglante du ciel, les abaissant une dernière fois vers la fine poussière rouge de la terre, du sommet de cette montagne, Nagathrem embrassa du regard le monde qui changeait ; le temps du rêve était révolu, et elle s'en allait avec lui. Le dragon étendit ses ailes et s'éleva avec la dernière des Quatre Sœurs vers le Soleil.
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| vendredi 11 juillet 2008, a 17:07 |
| Nagathrem, autre récit enchâssé |
Vous trouverez dans la suite de cet "article" un autre pan de l'histoire (et ce n'est qu'un fragment du récit enchâssé...) dont je parlais il y a quelque temps, que je pensais intituler "Nagathrem" (c'est elle qui parle dans ce morceau). C'est en réalité le premier fragment écrit, suite à un rêve, avant de devenir le récit de... Bon, on va dire l'histoire d'Icarasht^^
Je ne me souviens pas bien de mon arrivée dans leurs rangs. Un soir, au cours de ma dix-septième année, je pris une boisson étrange, et eus juste le temps de voir les larmes perler des yeux de ma mère avant de sombrer dans le sommeil le plus profond. Je me réveillai dans une salle bien plus vaste que la petite pièce de ma chaumière, dans laquelle j'avais perdu connaissance. J'étais ailleurs. Cette salle était immense, bâtie selon l'architecture du Haut Moyen-Age, haute de plafond, longue de plus de trente mètres et large d'au moins seize. Elle présentait une disposition curieuse, étant à la fois dortoir, réfectoire, salle d'entraînement et d'exercice, bibliothèque, atelier de diverses professions manuelles. La lumière entrait à flots par les verrières en ogives monumentales du côté Sud, et de grands meubles en bois relativement grossier se dressaient le long des murs Est et Ouest, laissant un vaste espace dégagé au centre de la pièce. C'est cette pièce que j'ai tenté de reproduire en ma demeure, et le résultat en a été assez heureux. Si tu veux te figurer mon étonnement, Icarasht, rappelle-toi ta première impression quand tu as pénétré dans la pièce où je t'attendais.
Une quinzaine de visages se penchaient sur moi, des visages inconnus pour la plupart, des visages jeunes. Soudain j'en reconnus un. Liorveï. Liorveï, mon camarade, que je connaissais depuis cinq ans, pour lequel je m'étais prise d'une affection sans nom. Ce qu'il faisait là ? Je n'en savais rien. Je ne savais pas non plus où j'étais, ni pourquoi je m'y trouvais. C'est alors que je vis, parmi ces visages rayonnant de jeunesse (le plus vieux des jeunes gens qui me veillaient devait avoir à peine plus de vingt ans), un visage ridé. Un visage ridé et pourtant merveilleusement avenant. Un visage duquel une douce lumière dorée semblait s'échapper. Un visage buriné par le Soleil, raviné par les pluies, adouci par le temps.
Ce vieillard mit fin à la confusion que mon réveil avait suscité, et incita chacun à reprendre les exercices, auquel il me demanda de prendre part. Il était donc en quelque sorte le maître de ces jeunes personnes. Je regardai autour de moi ; un établis et divers ateliers, tels qu'une forge et un endroit où le cuir pouvait être travaillé, occupaient l'extrémité Sud de la salle, où la lumière entrait à flot par les larges verrières. Le mur Est était tapissé de râteliers dans lesquels se laissaient deviner des silhouettes d'épées, de lances, de haches, d'arcs et de masses d'armes. Cette salle était vouée à l'entraînement au combat. J'allais m'entraîner à combattre. Mais j'ignorais tant la raison de cette guerre que l'identité des adversaires que j'allais devoir affronter.
J'eus l'occasion d'examiner mes compagnons de plus près. Tous me semblèrent issus de hautes familles, avaient des manières irréprochables et raffinées, même aux moments les plus violents des exercices de combat rapproché. Je me rendis enfin compte que j'étais l'unique jeune fille de cet équipage destiné manifestement à une guerre. Cette pensée me fit frémir. Ces jeunes gens, si délicats, si attentionnés, partiraient pour la guerre. Liorveï aussi. Moi aussi. Mon tressaillement n'échappa pas au maître, qui me demanda si quelque chose n'allait pas. Je mentis, et prétendis que j'allais pour le mieux. Il ne me crut pas, je le vis bien, mais je ne pouvais expliquer mon frisson. C'était un sentiment, un pressentiment peut-être, trop diffus, trop vague pour être expliqué. Il me regarda encore quelques secondes avant de me laisser reprendre l'exercice.
Je m'entraînai encore trois mois avec mon groupe de joyeux drilles, et me familiarisai chaque jour davantage avec mon nouvel environnement. Les jours étaient divisés en tranches de deux heures pendant lesquels nous pratiquions différents exercices. Nous étions réveillés en fanfare à six heures chaque matin par le maître afin d'être prêts à sept heures. Alors, dans les dernières lueurs de l'aube, nous commencions les exercices de maniement d'armes inhabituelles telles que la masse d'arme, la hache et la lance. A neuf heures venaient les entraînements à l'épée, épée courte, bâtarde, à deux mains. Une précision au sujet de nos armes d'entraînement s'impose. Ces armes étaient de simples armes de bois, dont la pointe et le tranchant, enduits d'une substance particulièrement colorante, laissaient sur notre adversaire la marque des coups que nous avions portés. En fonction de l'intensité de la couleur et de la place de la trace colorée, on pouvait déterminer si, porté par une lame métallique, le coup aurait été mortel, dangereux ou relativement inoffensif. Ces armes d'entraînement pesaient le poids des armes réelles qu'elles figuraient, de sorte qu'au moment où nous commençâmes l'entraînement avec les armes que nous nous étions forgées, le poids de nos armes ne posa aucun problème d'adaptation, contre toutes nos attentes.
A onze heures, le maître nous accordait une pause de deux heures et nous laissait parfaitement libres de nos actions : nous pouvions aussi bien continuer de nous exercer, consulter les livres de la bibliothèque, manger, dormir, courir, ou simplement rester assis à bavarder. Puis, à treize heures, nous reprenions nos exercices, qui demandaient une concentration autrement plus importante que les exercices de combat matinaux. Pendant quatre heures, il nous faisait découvrir divers travaux manuels, du travail du métal au travail du cuir, en passant par la confection de nos propres vêtements. A quoi bon travailler le cuir ? Le maître nous l'avait bien expliqué : il était possible, pour ne pas dire certain, qu'au cours de nos existences nous aurions à nous débrouiller seuls, sans tanneurs ni tisserands, d'où la nécessité de savoir fabriquer une selle à partir de peau brute et d'être capables de fabriquer des vêtements avec les seules ressources du lieu où nous nous trouvions.
Au bout de deux mois de ce train de vie, le maître nous lança dans la création de bannières afin, nous dit-il, de pouvoir nous reconnaître les uns les autres à une certaine distance au milieu d'un combat. L'idée d'une guerre se rapprochant de nous se précisait. L'entraînement se durcissait, nous prenait de plus en plus de temps. Nous arrivâmes enfin, sur l'injonction du maître toujours, au choix de notre arme principale. La plupart de mes amis, comme moi-même, choisirent l'épée, au détriment de la lance et de la hache, tout de même plus favorisées que l'arc et la masse d'armes, jugés peu pratiques ou trop éloignés des combats... Je choisis, pour ma part, l'épée bâtarde, qui me permettait d'exécuter des mouvements assez larges pour être sûre de toucher un adversaire pas assez rapide pour éviter mes coups, tout en étant moins difficile et fatigante à manier que l'épée à deux mains.
Le maître nous demanda, une fois notre choix fait, de forger, grâce à ce qu'il nous avait enseigné quant à l'art du travail du métal et de la création d'armes, l'instrument de combat dont nous aurions besoin. Cette tâche se révéla relativement aisée pour qui avait consciencieusement suivi les cours extrêmement théoriques du maître, c'est-à-dire une grande minorité du groupe de mauvais élèves que nous étions.
Le maître nous emmenait par ailleurs de plus en plus souvent dans une sorte de ravin entouré de gigantesques parois rocheuses, auquel nous accédions par trois marches au-delà des ogives de notre salle, et nous y apprenait les rudiments d'équitation nécessaires au combat à cheval. Il nous fit notamment pratiquer des exercices de combat à la lance, qui se révélèrent fort ardus, même pour ceux qui avaient choisi de se spécialiser dans le maniement de cette arme. Ces exercices finirent par amputer de moitié nos entraînements du matin, mordant une heure des exercices de maniement d'armes inhabituelles et une heure des entraînements à l'épée. Le maître ajouta encore une heure de combat au corps à corps à la place du travail du cuir, qui n'était plus une priorité pour nous, puisque nous avions tous fini de fabriquer les harnachements de nos chevaux.
Pourpres et or, oranges et argent, destinées à représenter leur propriétaire et à le signaler de loin, les bannières demandées par le maître naquirent des imaginations débordantes de mes camarades. Chaque bannière était unique ; ici, un lion noir rehaussé d'argent sur fond orange ; là, un griffon jaune sur fond rouge brodé d'or.
Un soir, après nos heures de travail, Liorveï me montra sa bannière. C'était le seul étendard jaune de fond, sur lequel se découpait une tour crénelée autour de laquelle un serpent enroulait ses anneaux. A l'inverse, le mien était le seul de couleur noire, agrémentée d'une simple frange argentée sur ses bords, représentant un motif abstrait rouge rebrodé de fils d'argent. Je lui promis de la reconnaître à des kilomètres à la ronde, sur quoi il me fit la même promesse. Les mots que je portais au fond de mon cœur passèrent presque mes lèvres, et je restai la bouche ouverte comme un poisson sorti de l'eau.
Cela dura jusqu'à ce qu'un homme sans âge, que je n'avais encore jamais vu, entre dans la salle et s'entretienne à voix basse avec notre maître. Le vieil homme hocha la tête à plusieurs reprises, et sembla une fois approuver avec enthousiasme un des propos de l'inconnu. Celui-ci ne resta pas longtemps avec nous, et s'en fut dès que l'exercice pendant lequel il était arrivé se termina, après m'avoir jeté un coup d'œil qui ne m'inspira une insondable crainte. Son regard était calculateur, et je n'aimais pas cela du tout.
Ce jour-là, le maître nous demanda encore d'effectuer trois exercices, dont le dernier fut le plus ardu. Il s'agissait de se jeter au milieu de nos camarades, convertis pour l'occasion en adversaires sans pitié, et de leur asséner un maximum de coups mortels (en principe, évidemment, comme nous pouvions le savoir grâce aux marques colorées laissées par nos lames) avant de succomber. En moyenne, mes nouveaux amis arrivèrent à tuer trois personnes et à en blesser gravement cinq. Liorveï arriva à en tuer quatre et à en blesser cinq. Enfin arriva mon tour. Le maître s'écarta du groupe, auprès duquel il s'était tenu jusque là, et s'installa à l'écart. J'en conclus qu'il voulait admirer ma déconfiture plus tranquillement, comme si ma défaite était certaine. Je sentis monter en moi une puissance que je ne connaissais pas, une puissance qui ne souffrait aucun barrage, aucune limite, aucun frein. Je me jetai au milieu d'eux, et tandis qu'ils fondaient sur moi, je me recroquevillai avant de laisser agir mon bras, les yeux fermés, guidée par le bruit de leurs lames de bois qui passaient si près de moi que je les sentais frôler mes bras nus. Je fis encore une chose qui me sembla incroyable. Je sentis que trois ennemis se précipitaient sur moi. Je me baissai et, écartant mes bras jusqu'à ce qu'ils prennent une forme de croix, je laissai fuser l'énergie qui bouillonnait en moi depuis le début du combat. Ce fut la fin, aucune lame ne semblait plus vouloir s'approcher de moi.
J'ouvris alors les yeux. Ils étaient tous au sol, ou s'en relevaient. Le maître s'approcha de moi. Je ne savais que faire, je ne comprenais pas mon action. Le vieillard arriva près de moi. Et il me sourit. Moi qui m'attendais à des réprimandes pour ma brutalité (je n'avais pas mesuré la force des coups que je portais), je me voyais récompensée par l'un des rares mais toujours éclatants sourires de mon maître. Je regardai encore mes camardes, qui étaient aussi étonnés que moi, non en raison du sourire du maître, mais à cause de mon action que je ne savais pas comment nommer.
En rangeant nos armes, je retrouvai Liorveï, qui me chuchota :
- Tu es la première personne capable de magie que je rencontre. Le maître excepté, bien sûr.
- C'était de la magie ? Le maître aussi fait cela ? Comment le sais-tu ? Tu l'as déjà vu faire ?
- Ah ! pardon, non, ce n'est pas la seule autre personne que je sais capable de ça. (Il continuait sur sa lancée, et j'ai compris qu'il avait poursuivi ses réflexions en faisant mine de m'écouter.Il était comme ça, Liorveï, impossible à contrôler… Il a donc continué ainsi :) Il y a aussi l'homme qui est venu tout à l'heure et qui t'a regardée d'un drôle d'œil. Ils ont dû sentir...
- C'est comme ça que vous rangez vos armes ? tonitrua notre maître derrière nous.
Nous ne l'avions pas entendu venir, et finîmes en silence de remettre de l'ordre dans nos affaires. Le soir, après le dîner, le maître me prit à part et me dit que je ne dormirais pas là cette nuit, que je devais partir, que ce n'était pas la peine de dire au revoir à mes amis, car je les reverrais bientôt. Il ne parvint pourtant pas à me rassurer. Quand je voulus rassembler mes affaires et prendre ma bannière, il me signifia que ce n'en était pas la peine, et il me fit sortir par une porte dérobée derrière un pan de la bibliothèque, sans revoir mes amis, sans leur dire au revoir, sans voir une dernière fois Liorveï.
Le couloir que nous empruntâmes n'avait pas de fenêtre, juste des portes de part et d'autre, à intervalle régulier mais grand ; toutes les salles sur lesquelles ouvraient ces portes à l'encadrement richement orné devaient avoir au moins la dimension de mon ancienne salle. Cependant, au bout d'un certain temps, la distance entre ces portes commença à diminuer, et leur encadrement se fit progressivement moins riche. Enfin nous entrâmes dans une pièce de dimensions restreintes, au centre de laquelle trônait une baignoire profonde, emplie d'eau chaude, parfumée d'essences que je ne reconnaissais pas ; Une femme qui devait avoir une trentaine d'année m'aida à me décrasser entièrement (je ne me rendais pas compte de la saleté dans laquelle nous vivions à l'entraînement) avant de me faire passer une chemise de nuit, qui, étrangement, me sembla plus digne d'une soirée mondaine que d'un lit, et de me conduire dans une chambre qui me parut bien vaste, comparée à l'alcôve dans laquelle j'avais dormi les nuits précédentes. Je me rendis alors compte que j'avais passé un temps qui m'apparut soudain interminable dans ma grande salle, sans jamais la quitter, sans avoir d'autre contact avec l'air du dehors que par les larges verrières de l'extrémité Sud... Ce temps me sembla bien court. Il m'avait semblé que je m'échappais du temps, que j'étais dans un lieu où rien ne pouvait m'atteindre. Et là, dans cette chambre aux vitraux éclatants de couleurs vives, trop luxueuse pour moi, qui m'étais habituée à la rudesse du mode de vie imposé par mon maître, je me sentis plus vide que jamais, trop petite, trop faible, trop seule. Je ne souhaitais qu'une présence, celle de celui qui était devenu mon plus proche ami, celui qui m'avait encouragée tout le temps de mon séjour dans la grande salle, celui qui m'avait soutenue et aidée en toutes circonstances. Il me manquait, dans cette chambre trop grande pour moi qui m'étais habituée à une alcôve séparée des autres par une simple toile tendue, trop richement meublée pour la combattante que j'étais devenue.
La nuit fut longue et noire. Au matin, la servante qui m'avait accueillie la veille au soir vint me réveiller bien plus tard que je n'en avais l'habitude, si bien qu'elle fut tout étonnée quand elle me trouva habillée du pantalon et de la tunique courte que je portais en arrivant dans cette partie de ce qui ne pouvait être qu'un immense palais. Elle m'obligea à me dévêtir, malgré toutes mes protestations, et me fit enfiler la plus belle robe que j'aie jamais vue. C'était une magnifique robe d'un tissu bleu nuit qui retombait lourdement et pourtant souplement sur le sol, aux longues surmanches évasées et brodées de chevaux volants à leur extrémité recouvrant jusqu'aux trois quarts de la longueur de mon bras une autre manche qui s'achevait en pointe sur le dos de ma main, au décolleté appuyé mais néanmoins pas impudique, confortable et simple. En marchant, je me rendis compte que cette robe était composée de plusieurs couches du même tissu ; celle de l'extérieur, si l'on peut dire, était fendue jusqu'à la ceinture que me passa la servante, une longue ceinture d'argent large de deux doigts dont la lanière tombait jusqu'à mes chevilles. Le tout me donnait une majesté que je ne me connaissais pas et qui me surprit au plus au point.
Puis la suivante me fit asseoir sur un tabouret pliant, face à une coiffeuse, et entreprit de faire ressembler à une coiffure civilisée ma crinière exubérante. J'avais les cheveux longs, elle en profita pour laisser ceux de l'arrière de ma tête libres sur mon cou, fit des autres deux tresses qu'elle rassembla en un chignon assez haut au-dessus de ma nuque, et paracheva son ouvrage en posant délicatement un diadème argenté agrémenté d'une pierre que je ne reconnus pas sur ma chevelure désormais domptée par ses soins. Je me sentis soudainement belle, tandis que j'avais presque oublié, pendant mes mois de grande salle, que j'étais une jeune fille, et qu'une jeune fille est censée prendre soin d'elle-même. Ma suivante me regarda, manifestement satisfaite de son oeuvre, et me dit :
- Venez, il est temps.
- Temps de quoi ? lui demandai-je, tout étonnée. Je ne comprenais toujours pas pourquoi on m'avait retirée de mon entraînement.
- De vous choisir un pégase.
- Pardon ?
- Nous n'avons pas le temps. Merlin vous expliquera lui-même.
- Qui est ce Merlin ? Est-ce l'homme qui est venu parler à mon maître hier ?
- J'ignore qui était votre maître. Vous ne tarderez pas à le rencontrer.
- Madame... Je voudrais savoir... Reverrai-je mes amis ? La grande salle ?
- Pour la salle je ne peux rien vous promettre. Vous reverrez vos amis, mais sûrement pas dans les circonstances que vous escomptez.
Soudain, je sentis une présence dans mon dos. Mon maître venait d'entrer, j'en étais certaine. Je n'insistai donc pas, et ne demandai pas d'explications à la suivante au sujet des circonstances dont elle parlait avant l'arrivée de mon maître, qui avait d'ailleurs l'air de la contraindre à un mutisme que je devinai aussi difficile que non souhaité. Je ne me tournai pas et me contentai d'un simple « Bonjour, Maître », comme du temps de l'entraînement, qui était visiblement une période révolue désormais. Il me répondit comme de coutume « Bonjour, Nagathrem » de sa voix douce et profonde, ce qui me rasséréna quelque peu. Alors seulement je me retournai, et je vis qu'il souriait de nouveau. Mais il n'émanait plus de lui la chaude lumière qui m'avait accueillie. Il avait l'air vieilli, accablé de soucis. Néanmoins, il fit bonne figure et réussit presque à faire illusion.
- Viens. Je vois qu'elle t'a déjà dit où je voulais t'emmener. Quelle pie bavarde... Enfin, ça m'évite d'avoir à t'expliquer trop de choses.
- Mais, Maître, elle m'a juste parlé d'un pégase à aller choisir, c'est tout. Quand reviendrai-je avec vous dans la grande salle ?
- Je crains que nous n'y revenions pas. Viens, je t'expliquerai... Non, lui t'expliquera mieux que moi, reprit-il doucement, comme pour lui-même. Viens.
Je me levai donc, remerciai et saluai la suivante et suivis mon maître. Il marcha quelques temps dans un couloir illuminé par la lumière entrant par des ogives monumentales ressemblant à celles de notre salle avant de m'expliquer où il m'emmenait.
- Tu sais que tu n'es pas dans un environnement ordinaire. Ici, tu as pu devenir une combattante aguerrie rapidement, ce qui est parfaitement impensable pour tout le monde. Et tu possèdes un don. Ne m'interromps pas, je sais que tu en as envie mais pour l'instant je parle. Tu es donc avant toute chose une combattante ici, et une combattante se doit d'avoir une monture...
- A quoi bon avoir une monture si je ne peux pas la monter ? C'est totalement impossible de chevaucher un quelconque cheval avec cette robe !
- Ah ! Oui, c'est un fait. Tu portes une robe, et sur un cheval ordinaire, une robe ordinaire ne pourrait que te gêner. Mais ce n'est pas une robe ordinaire, et tu ne monteras pas un cheval ordinaire. Regarde.
Il s'écarta et je vis le spectacle le plus étonnant qui ait jamais atteint mes yeux. Il y avait derrière lui (je ne l'avais pas remarqué jusqu'alors, car la stature impressionnante de mon maître le dérobait jusqu'alors à mes regards) un enclos de piquets de bois. Et cet enclos était peuplé des plus beaux animaux imaginables. Des pégases. Je n'avais pas pris au sérieux la suivante, pensant qu'elle désignait par ce nom flatteur des chevaux, magnifiques sans doute, mais des chevaux. C'en étaient, certes, de toutes les robes, de toutes les nuances, de toutes les tailles, mais ils étaient ailés. Je restai muette d'émerveillement devant ce spectacle. Soudain, les pégases s'ouvrirent en une sorte de haie d'honneur, et un pégase blanc s'avança vers mon maître et moi. Je me tournai vers lui, et il me dit simplement :
-Il t'a choisie.
Alors je plantai mon regard dans celui de l'animal. Mon pégase. Il était blanc, immaculé, lumineux. Entre ses yeux sombres brillait une curieuse arabesque, qui cerclait ses yeux avant de redescendre en d'élégantes boucles sur son front et son chanfrein. Il posa sa tête sur mon épaule, et je ne sus quoi faire. Je supposai qu'il me fallait lui donner un nom. J'entendis alors dans ma tête une voix qui se présenta.
- Je suis à toi, dès maintenant, comme tu es à moi. Nos destins sont liés. Je suis une partie de toi sans laquelle tu ne pourras rien être, et sans toi je ne serai que poussière et néant. Ensemble nous serons majestueux et nobles, séparés nous n'aurons de cesse que nous ne nous soyons retrouvés. Profite de ma lumière comme je profiterai de ta magie pour me porter. Tu n'auras pas besoin de me donner un nom. Je suis à toi comme tu es à moi. Nous n'avons pas besoin d'un nom pour nous désigner. Je ne serai moi que tant que tu seras toi, je ne pourrai être moi-même que lorsque tu seras toi-même.
Je ne répondis à cela qu'en posant un baiser dans la crinière de ma noble monture. Mon maître me regarda avant de grogner :
- Tu parles aux animaux, en plus ! Etre magicienne ne te suffisait donc pas ?
Je lui souris en guise de réponse. Il m'entraîna alors vers une anfractuosité dans la roche, qui s'avéra être une porte menant à une salle de réunion rustique, meublée d'une unique table en pierre monolithique. L'homme qui était venu parler à mon maître la veille était présent, drapé dans une étoffe sombre qui lui conférait un air assez effrayant, et se retourna pour me présenter au reste de l'assemblée. Puis il s'adressa à moi :
- Nous sommes en guerre contre les Vampires, êtres cruels s'il en fut, qui se sont alliés toutes les races les plus viles, les Orcs, les Gobelins, les Trolls. Vous, jeune fille, êtes une arme majeure pour nous. Vous êtes l'arme contre laquelle toutes leurs forces réunies ne pourront rien. Vous êtes une arme qui, bien utilisée, nous donnera la victoire. Mais il faut domestiquer votre don. Vous ne le maîtrisez pas, et n'agissez qu'instinctivement, ce qui est mauvais. La magie seule et brute ne vous servira pas. Suivez Merlin, fit-il en désignant mon maître, il vous enseignera les rudiments du maniement de votre don. Nous devrons partir rapidement, continua-t-il, s'adressant à la dizaine d'autres personnes rassemblées autour de la table. Dans une semaine il peut être trop tard. Les Vampires se sont rassemblés dans leurs forteresses, plus nombreux que jamais. Leurs alliés affluent vers les terres qu'ils nous ont prises avant de nous acculer à cette montagne. Les soldats doivent être prêts à partir avec toutes leurs armes, tout leur équipement et leur monture sellée et caparaçonnée dans l'heure si cela leur est ordonné.
- Ils sont entraînés à cela.
- Alors précisez-leur simplement qu'il sera bientôt temps. Allez.
Les présents s'inclinèrent et sortirent par la porte que Merlin et moi avions empruntée. Lui resta seul devant la table et l'homme qui donnait les ordres. Celui-ci s'effaça et lui montra l'entrée de la caverne qui s'enfonçait dans le roc après cette salle. Il y pénétra sans un mot, sans vérifier que je le suivais. Il me laissait encore libre de mon choix. Un instant je fus tentée par la perspective de rebrousser chemin, mais le regard de l'ordonnateur m'en dissuada. Avec le désagréable sentiment de n'être plus qu'un pantin dont on secouerait les ficelles, j'emboîtai le pas à mon maître.
De mon entraînement dans la caverne, je ne peux rien dire. Quand je ressortis par le passage opposé à celui que nous avions emprunté trois jours auparavant, après l'entretien dans la salle à la table de pierre, mon pégase et celui de mon maître nous attendaient, piaffant d'impatience. Ils étaient magnifiquement harnachés, ou plutôt portaient des selles magnifiques, car aucune bride ne retombait sur leurs encolures majestueuses. Je passai ma main dans la crinière de mon pégase et, sans savoir comment, je posais un pied dans l'étrier et me retrouvai en selle entre deux ailes puissantes. Mon maître, qui avait retrouvé son rayonnement d'antan (comme la période de mon entraînement au combat me semblait lointaine désormais !), talonna sa monture, qui partit au galop. A l'instant où j'allais le demander à ma moitié ailée, elle partit plus vite que le vent et rattrapa mon maître en quelques foulées. Nous étions dans une vallée rocheuse, dont les parois brunes, ocres et rougeâtres s'élevaient vertigineusement de chaque côté du chemin que nous empruntions. Le tonnerre des sabots frappant le sol se répercutait et roulait jusqu'au ciel, tandis que le sol défilait sous nous. Enfin, à la sortie d'un tournant, j'aperçus comme une fissure dans la paroi, juste en face de nous. A mesure que nous nous rapprochions, la fissure devint fente, et la fente devint passage. Nous arrivâmes dans une vaste et verdoyante prairie, dont l'horizon était barré par deux énormes collines. Le canyon dont nous venions de déboucher les longeait à l'Est, dans un axe approximativement Nord-Sud. Nous nous rapprochions de toute la vitesse de nos pégases de ces collines quand mon maître poussa le sien à prendre son envol. Alors la voix de ma monture résonna dans ma tête :
- Tiens-toi bien, Magicienne ; serre de toutes tes forces dans ton poing ta bannière et lève-la haut au-dessus de nous. Ils nous attendent, ils savent que tu arrives, et cela suffit à maintenir leur courage et leur vaillance. Nous n'aurons besoin de cette bannière qu'au premier passage au-dessus d'eux, après ils te reconnaîtront, figure sombre sur un pégase blanc à l'aile imparfaite. Oui, lui aussi t'attend. Lève la tête et ton étendard, ils savent que c'est par toi que la victoire passe.
Le versant de la colline se rapprochait. Soudain j'aperçus, à flanc de coteau, les triangles de cavaliers. Chaque triangle formait une compagnie de mille cinq cent hommes, chevauchant si près les uns des autres que leurs bannières semblaient se toucher. Ayant vu les cartes indiquant les positions des troupes dans la salle de la table de pierre, je savais dans quelle compagnie se trouvaient mes camarades, aussi je cherchai des yeux les bannières qui m'étaient si familières, que j'avais vu fabriquer, que même l'altitude à laquelle volait mon pégase ne m'empêcherait pas de reconnaître. Et je cherchai ardemment celle qui aurait pu combler le vide que je sentais en moi. Mon pégase perdit de l'altitude, me permettant de mieux voir l'armée en contrebas. Je scrutai désespérément les compagnies, reconnus dans cette forêt d'étendards pourpres et prunes, rouges et oranges, or et argent, la plupart de ceux de mes camarades de la grande salle, mais de Liorveï, nulle trace. Parmi cette foule ondoyante je me trouvais incapable de reconnaître mon aimé. Pourtant, je lui avais juré de le reconnaître quoi qu'il arrive, de le retrouver entre dix mille, et à présent que j'étais au pied du mur, je ne pouvais pas. J'en étais à ce point de ma pensée quand j'entr'aperçus une bannière jaune. La seule de cette compagnie, à laquelle je savais qu'il appartenait. Je n'avais pas échoué, je l'avais trouvé entre tous. Mon pégase piqua encore plus ; je perdis des yeux Liorveï pour ne plus le retrouver.
- Cesse de te tourmenter, cavalière, tu le reverras, me souffla mentalement mon pégase. Un peu de patience, c'est tout ce que je te demande, et probablement tout ce qu'il te demande aussi. Ecoute. Tu vois ces tours, de l'autre côté des collines ? C'est là que nous allons. Ce sont les forteresses que les Vampires nous ont prises en dernier. Nous faisons route pour les libérer. Nous y serons avant les compagnies que nous avons survolées. Tu sais ce que tu dois faire. Ton maître te l'a expliqué. Je te dépose dans la forteresse et je te laisse explorer les lieux, de sorte que tu pourras renseigner les soldats sur la position de l'ennemi après avoir ouvert la porte principale. Il y a malgré tout un problème. Je ne pourrai pas voler si loin. Mon aile imparfaite ne me le permet pas. Je te laisse donc sur l'autre versant. Un des rares dragons qui restent vivants et qui ont décidé de se joindre à nous te déposera à ma place. Merlin a arrangé ça. Accroche-toi, ma cavalière, j'espère que ce ne sera pas ton dernier atterrissage à pégase... A bientôt !
Il avait oublié que j'étais résistante au-delà des mots…
Je descendis de mon pégase, marchai jusqu'à la limite du versant opposé de la colline et frissonnai en découvrant le paysage en contrebas. Le Soleil, éclatant de lumière sur le versant que gravissaient nos compagnies, se trouvait masqué par la brume noire qui semblait sourdre de la vallée que je contemplais. Au milieu de celle-ci s'élevaient trois énormes forteresses, dont les tours crénelées s'élevaient à des hauteurs vertigineuses vers un ciel bouché par des nuages presque noirs.
Je me trouvais au sommet de la colline depuis environ deux minutes quand une ombre démesurée se profila sur le sol tout autour de moi, m'arrachant à la contemplation des forteresses que nous devrions prendre d'assaut. Le dragon se posa délicatement sur un petit éperon rocheux, tout près de moi. Sans hésiter, je l'enfourchai. En l'air, trois autres dragons, porteurs d'une dizaine de soldats, nous rejoignirent, et nous prîmes la direction de la forteresse qui était la plus proche de nous. Les dragons volaient suffisamment près pour que je puisse parler aux soldats qui m'accompagnaient, et leur expliquai ce que j'attendais d'eux. |
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| vendredi 11 juillet 2008, a 17:02 |
| Après une longue pause (^^) |
Vous voyez ici le fruit d'un exercice intitulé généreusement par notre professeur de lettres "initiation à la critique littéraire". But de l'exercice : produire un texte critique sur un texte poétique du XXè siècle, en pastichant éventuellement d'autres critiques. J'avais choisi le poème "Marie" d'Apollinaire (paru dans le recueil "Alcools" en 1913), et voici ce que cet atelier de divagation pure m'a fait produire (absolument pas retravaillé) :
Guillaume APOLLINAIRE
Alcools (1913), Marie
Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C'est la maclotte qui sautille
Toutes les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie
Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux
Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de neige et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un coeur à moi ce coeur changeant
Changeant et puis encore que sais-je
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne
Que jonchent aussi nos aveux
Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est semblable à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine
Apollinaire, toute ton oeuvre respire le trouble ! Quand tu écris tes Alcools, ne penses-tu pas à ces horizons, à ces paradis imaginaires qu'ouvrent, en perverses clés, toutes nos drogues ? Ces drogues que tu rêves génèrent ton trouble, ta vision renversée, la couleur de ta poésie ; et en même temps, tu romps avec le passé, tu te révoltes contre lui, tu refuses les modèles anciens, et tu voles vers ton indépendance, sur les ailes de tes Alcools...
Apollinaire, ton trouble prend une dimension tout autre quand c'est à Marie que tu rêves. Marie, c'est celle qui t'ouvre à un autre monde, par une drogue toute amoureuse, par un chemin que tu n'avais pas encore exploré. Tes phrases se décousent et s'effilent, en pelotes multicolores de laine qui se mêlent et se confondent, et Marie te fait voir ce que tu ne voyais pas. Tu vois passé et avenir, tu vois l'absence comme tu voyais la présence, tu vois le temps qui s'écoule inlassablement, inflexible, comme ce fleuve que tu évoques à peine...
Apollinaire, en composant Marie, tu donnes sa forme à ton trouble, ce trouble aussi grisant que celui de l'alcool, aussi déconcertant. Tu la revois d'abord, tu te noies dans ton souvenir, puis tu l'imagines, déjà vieille, et tu te languis. Tu te languis du jour où, toutes cloches sonnantes, elle sera de nouveau là, cette Marie qui dansait, cette Marie qui te trouble.
Apollinaire, tu as senti un monde autre à travers elle. Tu as senti combien la vie se cache derrière ses façades, tu as vu le mutisme de l'homme ; tu as senti l'éloignement de la musique, et ce trouble qui s'est fait jour en toi, ce trouble qui t'a donné à voir ton -notre- monde de masques, tu ne le dois pas à l'alcool, tu ne le dois pas à ta drogue, mais tu le dois à cette femme. Et ton trouble se révèle à mi-chemin du Ciel et des Enfers, entre la musique tombant d'en haut, comme une symphonie à la gloire de quelque puissance qui te dépasse, et le refus de ce qui te semble pourtant si doux. Marie, tu l'aimes comme une drogue.
Apollinaire, ce trouble, ce "mal" que tu veux modérer, que tu veux tempérer, il te fait voir une réalité que jusque là tu n'avais pas appréhendé. Tu vois ce qu'encore tu n'avais pas vu. Elle te fait voir brebis et soldats, flocons isolés dans ce paysage d'hiver que tu nous suggères. Et au moment où ils passent devant toi, c'est le temps lui-même qui marche sous tes yeux. Dans cette avancée qui t'apparait inexorable, chaque pas, chaque seconde t'éloigne de l'heureux moment où elle dansait, ta bien-aimée Marie, et tu as pris conscience des changements que tu as subis, de son influence sur toi, et de son pouvoir sur ton coeur. Quelle plainte tu pousses alors, poète ! Tu sens ton coeur qui se métamorphose, ton propre coeur qui t'échappe ! Même ton coeur ne bat plus pour te maintenir en vie, ton coeur ne bat plus pour toi, il bat pour elle.
Apollinaire, quand tu jetais tes mots sur leur support, l'angoisse aurait-elle point dans tes doigts, dans ta plume qui érafle le papier, dans son mouvement nerveux? Tu ignores tant de choses... Tu ignores jusqu'à ce qu'elle devient, elle, Marie ! Alors tu te souviens d'elle, tu revois sa chevelure, tu revois ses mains que tu tenais serrées dans tes paumes amoureuses, mais tu ressens aussi son éloignement, et tu vois le temps qui avance, implacable, et les saisons se succèdent. L'hiver a passé, mais l'automne déjà revient, l'automne que tu voyais déjà dans ses mains.
Apollinaire, alors tu reviens à la vie, à ta vie, tu quittes la campagne et ses danses pour Paris et son sérieux, ses livres. Tu laisses en arrière ta joie, ton émotion, ton amour, et ta peine prend le pas. Tu te fixes des échéances, tu attends sans but précis, et tu vois ce fleuve, cette Seine qui, grâce à Marie, à travers elle, incarne et le temps, et ta douleur.
Apollinaire, ton amour et la douleur qu'il engendre te troublent... Vois comme ton oeil saute de l'un à l'autre des éléments qui t'environnent au fil de la fuite du temps, vois comme tu te laisses emporter par ce que tu veux enfermer d'émotion, de passion ! Ce trouble que tu me montres, ce trouble que tu montres à chacun et à tous, n'est-ce pas un reflet de nous-mêmes? Toi, tu le chantes. Moi, je l'écoute. Immortel Apollinaire, dans le trouble de tes sentiments, dans ton trouble sans drogue, si pur, si dénué d'artifice, tu montres le temps qui nous étreint et nous éteint, peu à peu ; tu montres l'amour qui trouble notre raison, qui nous fait voir ce que jamais, avec de froids yeux logiques, nous n'aurions pu voir, et la vision peu à peu s'élargit et embrasse, de détail en détail, de touche en touche, du blanc à l'argent et à l'eau du fleuve, comme un autre monde...
Apollinaire, ta poésie est marquée par le trouble, mais le trouble que tu mets en scène dans Marie, ce trouble poignant n'est dû à aucune drogue, à aucun alcool. C'est le trouble d'être homme, et de dépasser, tout en demeurant homme, les limites de sa perception élémentaire. Dans tes Alcools se détache l'horizon lointain, blanchi, flou, de l'amour de Marie. |
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| vendredi 31 août 2007, a 17:27 |
| Photographie (8) |
Encore un exercice de style proposé par mon prof de philo : la photographie d'une goutte d'eau. Coup de chance, j'ai obtenu ceci. |
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| jeudi 23 août 2007, a 15:12 |
| Photographies (7) |
Voici encore deux essais relativement réussis (mais aussi sauvagement traités !) sur des abeilles. Après, je vous laisserai plutôt en paix avec, parce qu'elles sortent assez peu sous la pluie, tout comme les humains ! Ou alors, c'est juste parce que je sors peu sous la pluie que j'en vois peu sous la pluie... Je ne sais pas ! ^^ |
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| jeudi 23 août 2007, a 14:41 |
| Photographie (6) |
J'ai réussi ! Si si, j'ai réussi à prendre une abeille sur une fleur, presque en macro ! (Exercice conseillé par mon prof de philo, grand amateur de photos et photographe émérite)
Autrement dit, quelle fierté ! Ok, je l'avoue, la photo est rognée et traitée ; je vous en mets ici deux versions : la plus foncée est celle que préfèrent mes parents, la plus claire est celle que je préfère. Votre avis m'intéresse ! ^^ |
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| mardi 21 août 2007, a 13:25 |
| Photgraphie (5) |
L'exercice est assez simple : il s'agit juste de prendre en photo deux animaux, de façon à en rater un minimum l'un de l'autre. Ici, il s'agit de deux signes. Par la suite, je vais essayer de mettre en ligne une photo d'abeille sur une fleur, mais ces bêtes-là bougent autrement plus vite qu'un cygne ! |
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| lundi 20 août 2007, a 18:10 |
| Photographie (4) |
Une autre fleur, toute simple et pourchassée car qualifiée de "mauvaise herbe" (et c'est un fait, elle est drôlement envahissante quand elle s'installe quelque part !) : le liseron. Pourtant je la trouve très jolie... Cette photo-ci a été encore prise près de chez moi, un jour qui précédait cette période de temps... maussade ! |
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| mardi 07 août 2007, a 18:13 |
| Renseignements : détails de La Citadelle des Ombres |
Cette fois, il s'agit pour moi, non de vous exposer ce que j'ai pu faire , mais de solliciter ce que vous savez au sujet de la quadrilogie de Robin Hobb intitulée La Citadelle des Ombres, au demeurant excellente et tout à fait digne d'être lue et relue.
Voici ce que je recherche :
- la date approximative de l'arrivée dans les Six Duchés du premier souverain Loinvoyant, ouriginaire des Îles d'Outre-Mer, établi à Castelcerf qui n'était alors qu'un bastion aux fortifications de bois.
- ce que l'on sait exactement des sociétés Outrîlienne et Cervienne anciennes (avant la fondation des Six-Duchés).
- y a-t-il eu une première guerre contre les Pirates Rouges avant celle qui est relatée, notamment dans le deuxième tome (du quatrième au sixième livre)?
- est-il fait mention d'usages inconnus de l'Art et du Vif? Ou plutôt, est-il bien précisé que les personnages principaux concernés par l'Art et le Vif en particulier ignorent certains aspects de leur magie?
Merci d'avance, si vous pouviez me répondre, car je vous avouerai avoir assez peu de temps pour retrouver ces informations, et le temps me manque pour relire l'ensemble des livres en relevant les informations dont j'ai besoin...
Non, il ne s'agit pas d'un devoir à rendre : quel professeur serait assez insensé pour se risquer à donner une "série" aussi longue, aussi touffue, aussi recherchée à des élèves qui probablement n'en liraient qu'un résumé simplifié à l'extrême tiré d'Internet?
Il est plutôt question de ce dont vous avez vu (ou même lu, quoique je ne connaisse personne qui soit parvenu au bout de chacun des extraits qui sont ici en ligne^^) quelques extraits si vous avez, même rapidement, parcouru ce blog, à savoir de Nagathrem. Nagathrem est le personnage principal d'une "fiction romanesque", comme dirait un savant complicateur de mots (professeur?), éponyme, liée à l'univers si magistralement créé par Robin Hobb. Cependant, je n'ai pas pour projet de me servir d'un univers ainsi parfaitement bâti pour cadre, mais cet univers sera l'aboutissement de Nagathrem. Certains écrivent des suites, j'aimerais pour ma part écrire ce qu'il y avait avant.
L'idée est née petit à petit, à partir d'un rêve dans lequel une magicienne apparaissait (mais sa magie ne se révélait pas de manière "traditionnelle", plutôt à la Gandalf qu'à la manière d'une fée des contes d'autrefois, et dont la manifestation principale avait été de repousser des assaillants...) d'abord, puis à partir d'une discussion avec une amie, et peu à peu l'univers qui m'est apparu m'a semblé compatible avec ce qu'il pouvait y avoir avant ce que l'auteur de La Citadelle des Ombres nous donne à découvrir.
Et, pour m'obliger à avancer (car mes idées me viennent quand je me couche, hélas, si bien qu'elles restent dans ma tête au lieu d'être dûment couchées par ma plume sur un morceau de papier), je vous "promets" un autre futur morceau, plus court que les précédents (une page manuscrite, encore globalement dépourvue de cadre, mais j'ai une idée à ce sujet^^), de Nagathrem.
A cela, j'ajoute, Zeldom, mes remerciements pour vos commentaires, et j'espère qu'ils étaient sincères, car il m'ont beaucoup touchée de la part de quelqu'un qui ne me connait pas.
Amitiés au Chevalier |
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| samedi 21 juillet 2007, a 11:15 |
| Photographie (3) |
Il s'agit de nouveau d'une fleur photographiée près de chez moi. L'image a été rognée, puis soumise à une modification de sa netteté, afin de rend nets les contours des pétales. |
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| vendredi 13 juillet 2007, a 20:05 |
| Photographie (2) |
Voici la photo d'une fleur que j'ai faite tout à l'heure en me promenant près de chez moi. Elle n'a subi aucun traitement, je l'ai juste un peu rognée. Je crois que l'hébergement sur ImageShack lui a fait perdre de la netteté. Donc je le dis et le répète : si vous en voulez un "joli" exemplaire (mais pour quoi faire? ^^), contactez moi, soit par le biais du blog, soit à l'adresse damneteam@free.fr en précisant que le message est lié à ce blog (dans ce cas, merci d'avance !^^). |
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| mercredi 20 juin 2007, a 18:16 |
| Gustave Doré |
Ceci est une copie que j'ai finie il y a quelques heures d'une illustration de Gustave Doré pour la Divine Comédie de Dante. On y voit Virgile (manteau le plus clair) guidant Dante au milieu de harpies et autres arbres anthropomorphes. La plus grande différence entre l'original et ma copie provient de la mise en couleurs que j'ai effectuée. Cependant, j'ai aussi largement utilisé de l'encre de Chine pour rehausser les contours et certaines ombres, tracer les plumes et d'autres détails.
Au passage, je recherche un exmplaire de la Divine Comédie (ou de l'Enfer) de Dante Alighieri illustré par Gustave Doré, qu'il s'agisse d'un exemplaire original ou d'une édition postérieure (mais plutôt d'une édition ultérieure...) ; j'ai cherché dans un certain nombre de bibliothèques, et largement sur Internet, mais si l'ouvrage est mentionné, je n'en ai jamais trouvé que le texte... Merci pour votre potentielle aide ! |
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| mercredi 20 juin 2007, a 09:26 |
| Photographie |
J'ai pris cette photographie (traitement : ajustement automatique du logiciel de Windows) hier soir, alors qu'il y avait un splendide orage, mais j'ai raté tous les éclairs... Ce n'est pas une photo en noir et blanc, mais il faisait tellement sombre que l'on en a l'impression au final. |
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| jeudi 14 juin 2007, a 22:00 |
| Joseph Karl Stieler |
C'est une copie (le scan l'a allongée... En réalité, le dessin est plus ramassé) de l'un des portraits de la "Galerie des Beautés" de Ludwig Ier de Bavière. Cette galerie, réalisée par Stieler au XIXème siècle à la demande du souverain bavarois, y a fait le portrait de jeunes munichoises, entre autre, mais aussi de personnalités illustres, telles que la femme du Roi de Grèce (si ma mémoire est bonne) ou la favorite espagnole d'un roi dont j'ai oublié l'identité exacte... |
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| dimanche 10 juin 2007, a 18:18 |
| Nagathrem, futur récit enchâssé. |
Voici un écrit qui n'est en réalité que la retranscription d'un rêve que j'ai fait l'année dernière. Tout autour s'est échafaudé un projet de nouvelle, peut-être de roman, qui n'est encore présent que dans ma petite tête, à l'exception de ce passage. Quelques morceaux épars, dont le "morceau de bravoure", sont nés à sa suite, mais c'est encore bien peu en comparaison avec ce que je souhaite faire. Bonne lecture ! Jusqu'ici je n'ai connaissance de personne qui ait eu le courage ou le temps de lire jusqu'au bout.
Je ne me souviens pas bien de mon arrivée dans leurs rangs. Un soir, je pris une boisson étrange, et eus juste le temps de voir les larmes perler des yeux de ma mère avant de sombrer dans le sommeil le plus profond. Je me réveillai dans une salle bien plus vaste que la petite pièce de ma chaumière, dans laquelle j’avais perdu connaissance. J’étais ailleurs. Cette salle était immense, bâtie selon l’architecture du Haut Moyen-Age, haute de plafond, longue de plus de trente mètres et large d’au moins seize. Elle présentait une disposition curieuse, étant à la fois dortoir, réfectoire, salle d’entraînement et d’exercice, bibliothèque, atelier de diverses professions manuelles. La lumière entrait à flots par les verrières en ogives monumentales du côté Sud, et de grands meubles en bois relativement grossier se dressaient le long des murs Est et Ouest, laissant un vaste espace dégagé au centre de la pièce. C’est cette pièce que j’ai tenté de reproduire en ma demeure, et le résultat en a été assez heureux. Si tu veux te figurer mon étonnement, Icarasht, rappelle-toi ta première impression quand tu as pénétré dans la pièce où je t’attendais.
Une quinzaine de visages se penchaient sur moi, des visages inconnus pour la plupart, des visages jeunes. Soudain j’en reconnus un. Liorveï. Liorveï, mon camarade, que je connaissais depuis cinq ans, pour lequel je m’étais prise d’une affection sans nom. Ce qu’il faisait là ? Je n’en savais rien. Je ne savais pas non plus où j’étais, ni pourquoi je m’y trouvais. C’est alors que je vis, parmi ces visages rayonnant de jeunesse (le plus vieux des jeunes gens qui me veillaient devait avoir à peine plus de vingt ans), un visage ridé. Un visage ridé et pourtant merveilleusement avenant. Un visage duquel une douce lumière dorée semblait s’échapper. Un visage buriné par le Soleil, raviné par les pluies, adouci par le temps.
Ce vieillard mit fin à la confusion que mon réveil avait suscité, et incita chacun à reprendre les exercices, auquel il me demanda de prendre part. Il était donc en quelque sorte le maître de ces jeunes personnes. Je regardai autour de moi ; un établis et divers ateliers, tels qu’une forge et un endroit où le cuir pouvait être travaillé, occupaient l’extrémité Sud de la salle, où la lumière entrait à flot par les larges verrières. Le mur Est était tapissé de râteliers dans lesquels se laissaient deviner des silhouettes d’épées, de lances, de haches, d’arcs et de masses d’armes. Cette salle était vouée à l’entraînement au combat. J’allais m’entraîner à combattre. Mais j’ignorais tant la raison de cette guerre que l’identité des adversaires que j’allais devoir affronter.
J’eus l’occasion d’examiner mes compagnons de plus près. Tous me semblèrent issus de hautes familles, avaient des manières irréprochables et raffinées, même aux moments les plus violents des exercices de combat rapproché. Je me rendis enfin compte que j’étais l’unique jeune fille de cet équipage destiné manifestement à une guerre. Cette pensée me fit frémir. Ces jeunes gens, si délicats, si attentionnés, partiraient pour la guerre. Liorveï aussi. Moi aussi. Mon tressaillement n’échappa pas au maître, qui me demanda si quelque chose n’allait pas. Je mentis, et prétendis que j’allais pour le mieux. Il ne me crut pas, je le vis bien, mais je ne pouvais expliquer mon frisson. C’était un sentiment, un pressentiment peut-être, trop diffus, trop vague pour être expliqué. Il me regarda encore quelques secondes avant de me laisser reprendre l’exercice.
Je m’entraînai encore trois mois avec mon groupe de joyeux drilles, et me familiarisai chaque jour davantage avec mon nouvel environnement. Les jours étaient divisés en tranches de deux heures pendant lesquels nous pratiquions différents exercices. Nous étions réveillés en fanfare à six heures chaque matin par le maître afin d’être prêts à sept heures. Alors, dans les dernières lueurs de l’aube, nous commencions les exercices de maniement d’armes inhabituelles telles que la masse d’arme, la hache et la lance. A neuf heures venaient les entraînements à l’épée, épée courte, bâtarde, à deux mains. Une précision au sujet de nos armes d’entraînement s’impose. Ces armes étaient de simples armes de bois, dont la pointe et le tranchant, enduits d’une substance particulièrement colorante, laissaient sur notre adversaire la marque des coups que nous avions portés. En fonction de l’intensité de la couleur et de la place de la trace colorée, on pouvait déterminer si, porté par une lame métallique, le coup aurait été mortel, dangereux ou relativement inoffensif. Ces armes d’entraînement pesaient le poids des armes réelles qu’elles figuraient, de sorte qu’au moment où nous commençâmes l’entraînement avec les armes que nous nous étions forgées, le poids de nos armes ne posa aucun problème d’adaptation, contre toutes nos attentes.
A onze heures, le maître nous accordait une pause de deux heures et nous laissait parfaitement libres de nos actions : nous pouvions aussi bien continuer de nous exercer, consulter les livres de la bibliothèque, manger, dormir, courir, ou simplement rester assis à bavarder. Puis, à treize heures, nous reprenions nos exercices, qui demandaient une concentration autrement plus importante que les exercices de combat matinaux. Pendant quatre heures, il nous faisait découvrir divers travaux manuels, du travail du métal au travail du cuir, en passant par la confection de nos propres vêtements. A quoi bon travailler le cuir ? Le maître nous l’avait bien expliqué : il était possible, pour ne pas dire certain, qu’au cours de nos existences nous aurions à nous débrouiller seuls, sans tanneurs ni tisserands, d’où la nécessité de savoir fabriquer une selle à partir de peau brute et d’être capables de fabriquer des vêtements avec les seules ressources du lieu où nous nous trouvions.
Au bout de deux mois de ce train de vie, le maître nous lança dans la création de bannières afin, nous dit-il, de pouvoir nous reconnaître les uns les autres à une certaine distance au milieu d’un combat. L’idée d’une guerre se rapprochant de nous se précisait. L’entraînement se durcissait, nous prenait de plus en plus de temps. Nous arrivâmes enfin, sur l’injonction du maître toujours, au choix de notre arme principale. La plupart de mes amis, comme moi-même, choisirent l’épée, au détriment de la lance et de la hache, tout de même plus favorisées que l’arc et la masse d’armes, jugés peu pratiques ou trop éloignés des combats... Je choisis, pour ma part, l’épée bâtarde, qui me permettait d’exécuter des mouvements assez larges pour être sûre de toucher un adversaire pas assez rapide pour éviter mes coups, tout en étant moins difficile et fatigante à manier que l’épée à deux mains.
Le maître nous demanda, une fois notre choix fait, de forger, grâce à ce qu’il nous avait enseigné quant à l’art du travail du métal et de la création d’armes, l’instrument de combat dont nous aurions besoin. Cette tâche se révéla relativement aisée pour qui avait consciencieusement suivi les cours extrêmement théoriques du maître, c’est-à-dire une grande minorité du groupe de mauvais élèves que nous étions.
Le maître nous emmenait par ailleurs de plus en plus souvent dans une sorte de ravin entouré de gigantesques parois rocheuses, auquel nous accédions par trois marches au-delà des ogives de notre salle, et nous y apprenait les rudiments d’équitation nécessaires au combat à cheval. Il nous fit notamment pratiquer des exercices de combat à la lance, qui se révélèrent fort ardus, même pour ceux qui avaient choisi de se spécialiser dans le maniement de cette arme. Ces exercices finirent par amputer de moitié nos entraînements du matin, mordant une heure des exercices de maniement d’armes inhabituelles et une heure des entraînements à l’épée. Le maître ajouta encore une heure de combat au corps à corps à la place du travail du cuir, qui n’était plus une priorité pour nous, puisque nous avions tous fini de fabriquer les harnachements de nos chevaux.
Pourpres et or, oranges et argent, destinées à représenter leur propriétaire et à le signaler de loin, les bannières demandées par le maître naquirent des imaginations débordantes de mes camarades. Chaque bannière était unique ; ici, un lion noir rehaussé d’argent sur fond orange ; là, un griffon jaune sur fond rouge brodé d’or…
Un soir, après nos heures de travail, Liorveï me montra sa bannière. C’était le seul étendard jaune de fond, sur lequel se découpait une tour crénelée autour de laquelle un serpent enroulait ses anneaux. A l’inverse, le mien était le seul de couleur noire, agrémentée d’une simple frange argentée sur ses bords, représentant un motif abstrait rouge rebrodé de fils d’argent. Je lui promis de la reconnaître à des kilomètres à la ronde, sur quoi il me fit la même promesse. Les mots que je portais au fond de mon cœur passèrent presque mes lèvres, et je restai la bouche ouverte comme un poisson sorti de l’eau.
Cela dura jusqu’à ce qu’un homme sans âge, que je n’avais encore jamais vu, entre dans la salle et s’entretienne à voix basse avec notre maître. Le vieil homme hocha la tête à plusieurs reprises, et sembla une fois approuver avec enthousiasme un des propos de l’inconnu. Celui-ci ne resta pas longtemps avec nous, et s’en fut dès que l’exercice pendant lequel il était arrivé se termina, après m’avoir jeté un coup d’œil qui ne m’inspira une insondable crainte. Son regard était calculateur, et je n’aimais pas cela du tout.
Ce jour-là, le maître nous demanda encore d’effectuer trois exercices, dont le dernier fut le plus ardu. Il s’agissait de se jeter au milieu de nos camarades, convertis pour l’occasion en adversaires sans pitié, et de leur asséner un maximum de coups mortels (en principe, évidemment, comme nous pouvions le savoir grâce aux marques colorées laissées par nos lames) avant de succomber. En moyenne, mes nouveaux amis arrivèrent à tuer trois personnes et à en blesser gravement cinq. Liorveï arriva à en tuer quatre et à en blesser cinq. Enfin arriva mon tour. Le maître s’écarta du groupe, auprès duquel il s’était tenu jusque là, et s’installa à l’écart. J’en conclus qu’il voulait admirer ma déconfiture plus tranquillement, comme si ma défaite était certaine. Je sentis monter en moi une puissance que je ne connaissais pas, une puissance qui ne souffrait aucun barrage, aucune limite, aucun frein. Je me jetai au milieu d’eux, et tandis qu’ils fondaient sur moi, je me recroquevillai avant de laisser agir mon bras, les yeux fermés, guidée par le bruit de leurs lames de bois qui passaient si près de moi que je les sentais frôler mes bras nus. Je fis encore une chose qui me sembla incroyable. Je sentis que trois ennemis se précipitaient sur moi. Je me baissai et, écartant mes bras jusqu’à ce qu’ils prennent une forme de croix, je laissai fuser l’énergie qui bouillonnait en moi depuis le début du combat. Ce fut la fin, aucune lame ne semblait plus vouloir s’approcher de moi.
J’ouvris alors les yeux. Ils étaient tous au sol, ou s’en relevaient. Le maître s’approcha de moi. Je ne savais que faire, je ne comprenais pas mon action. Le vieillard arriva près de moi. Et il me sourit. Moi qui m’attendais à des réprimandes pour ma brutalité (je n’avais pas mesuré la force des coups que je portais), je me voyais récompensée par l’un des rares mais toujours éclatants sourires de mon maître. Je regardai encore mes camardes, qui étaient aussi étonnés que moi, non en raison du sourire du maître, mais à cause de mon action que je ne savais pas comment nommer.
En rangeant nos armes, je retrouvai Liorveï, qui me chuchota :
- Tu es la première personne capable de magie que je rencontre. Le maître excepté, bien sûr.
- C’était de la magie ? Le maître aussi fait cela ? Comment le sais-tu ? Tu l’as déjà vu faire ?
- Ah ! pardon, non, ce n’est pas la seule autre personne que je sais capable de ça. Il y a aussi l’homme qui est venu tout à l’heure et qui t’a regardée d’un drôle d’œil. Ils ont dû sentir...
- C’est comme ça que vous rangez vos armes ? tonitrua notre maître derrière nous.
Nous ne l’avions pas entendu venir, et finîmes en silence de remettre de l’ordre dans nos affaires. Le soir, après le dîner, le maître me prit à part et me dit que je ne dormirais pas là cette nuit, que je devais partir, que ce n’était pas la peine de dire au revoir à mes amis, car je les reverrais bientôt. Il ne parvint pourtant pas à me rassurer. Quand je voulus rassembler mes affaires et prendre ma bannière, il me signifia que ce n’en était pas la peine, et il me fit sortir par une porte dérobée derrière un pan de la bibliothèque, sans revoir mes amis, sans leur dire au revoir, sans voir une dernière fois Liorveï.
Le couloir que nous empruntâmes n’avait pas de fenêtre, juste des portes de part et d’autre, à intervalle régulier mais grand ; toutes les salles sur lesquelles ouvraient ces portes à l’encadrement richement orné devaient avoir au moins la dimension de mon ancienne salle. Cependant, au bout d’un certain temps, la distance entre ces portes commença à diminuer, et leur encadrement se fit progressivement moins riche. Enfin nous entrâmes dans une pièce de dimensions restreintes, au centre de laquelle trônait une baignoire profonde, emplie d’eau chaude, parfumée d’essences que je ne reconnaissais pas ; Une femme qui devait avoir une trentaine d’année m’aida à me décrasser entièrement (je ne me rendais pas compte de la saleté dans laquelle nous vivions à l’entraînement) avant de me faire passer une chemise de nuit, qui, étrangement, me sembla plus digne d’une soirée mondaine que d’un lit, et de me conduire dans une chambre qui me parut bien vaste, comparée à l’alcôve dans laquelle j’avais dormi les nuits précédentes. Je me rendis alors compte que j’avais passé trois mois dans ma grande salle, sans jamais la quitter, sans avoir d’autre contact avec l’air du dehors que par les larges verrières de l’extrémité Sud... Ce temps me sembla bien court. Il m’avait semblé que je m’échappais du temps, que j’étais dans un lieu où rien ne pouvait m’atteindre. Et là, dans cette chambre aux vitraux éclatants de couleurs vives, trop luxueuse pour moi, qui m’étais habituée à la rudesse du mode de vie imposé par mon maître, je me sentis plus vide que jamais, trop petite, trop faible, trop seule. Je ne souhaitais qu’une présence, celle de celui qui était devenu mon plus proche ami, celui qui m’avait encouragée tout le temps de mon séjour dans la grande salle, celui qui m’avait soutenue et aidée en toutes circonstances. Il me manquait, dans cette chambre trop grande pour moi qui m’étais habituée à une alcôve séparée des autres par une simple toile tendue, trop richement meublée pour la combattante que j’étais devenue.
La nuit fut longue et noire. Au matin, la servante qui m’avait accueillie la veille au soir vint me réveiller bien plus tard que je n’en avais l’habitude, si bien qu’elle fut tout étonnée quand elle me trouva habillée du pantalon et de la tunique courte que je portais en arrivant dans cette partie de ce qui ne pouvait être qu’un immense palais. Elle m’obligea à me dévêtir, malgré toutes mes protestations, et me fit enfiler la plus belle robe que j’aie jamais vue. C’était une magnifique robe d’un tissu bleu nuit qui retombait lourdement et pourtant souplement sur le sol, aux longues surmanches évasées et brodées de chevaux volants à leur extrémité recouvrant jusqu’aux trois quarts de la longueur de mon bras une autre manche qui s’achevait en pointe sur le dos de ma main, au décolleté appuyé mais néanmoins pas impudique, confortable et simple. En marchant, je me rendis compte que cette robe était composée de plusieurs couches du même tissu ; celle de l’extérieur, si l’on peut dire, était fendue jusqu’à la ceinture que me passa la servante, une longue ceinture d’argent large de deux doigts dont la lanière tombait jusqu’à mes chevilles. Le tout me donnait une majesté que je ne me connaissais pas et qui me surprit au plus au point.
Puis la suivante me fit asseoir sur un tabouret pliant, face à une coiffeuse, et entreprit de faire ressembler à une coiffure civilisée ma crinière exubérante. J’avais les cheveux longs, elle en profita pour laisser ceux de l’arrière de ma tête libres sur mon cou, fit des autres deux tresses qu’elle rassembla en un chignon assez haut au-dessus de ma nuque, et paracheva son ouvrage en posant délicatement un diadème argenté agrémenté d’une pierre que je ne reconnus pas sur ma chevelure désormais domptée par ses soins. Je me sentis soudainement belle, tandis que j’avais presque oublié, pendant mes mois de grande salle, que j’étais une jeune fille, et qu’une jeune fille est censée prendre soin d’elle-même. Ma suivante me regarda, manifestement satisfaite de son oeuvre, et me dit :
- Venez, il est temps.
- Temps de quoi ? lui demandai-je, tout étonnée. Je ne comprenais toujours pas pourquoi on m’avait retirée de mon entraînement.
- De vous choisir un pégase.
- Pardon ?
- Nous n’avons pas le temps. Merlin vous expliquera lui-même.
- Qui est ce Merlin ? Est-ce l’homme qui est venu parler à mon maître hier ?
- J’ignore qui était votre maître. Vous ne tarderez pas à le rencontrer.
- Madame... Je voudrais savoir... Reverrai-je mes amis ? La grande salle ?
- Pour la salle je ne peux rien vous promettre. Vous reverrez vos amis, mais sûrement pas dans les circonstances que vous escomptez.
Soudain, je sentis une présence dans mon dos. Mon maître venait d’entrer, j’en étais certaine. Je n’insistai donc pas, et ne demandai pas d’explications à la suivante au sujet des circonstances dont elle parlait avant l’arrivée de mon maître, qui avait d’ailleurs l’air de la contraindre à un mutisme que je devinai aussi difficile que non souhaité. Je ne me tournai pas et me contentai d’un simple « Bonjour, Maître », comme du temps de l’entraînement, qui était visiblement une période révolue désormais. Il me répondit comme de coutume « Bonjour, Nagathrem » de sa voix douce et profonde, ce qui me rasséréna quelque peu. Alors seulement je me retournai, et je vis qu’il souriait de nouveau. Mais il n’émanait plus de lui la chaude lumière qui m’avait accueillie. Il avait l’air vieilli, accablé de soucis. Néanmoins, il fit bonne figure et réussit presque à faire illusion.
- Viens. Je vois qu’elle t’a déjà dit où je voulais t’emmener. Quelle pie bavarde... Enfin, ça m’évite d’avoir à t’expliquer trop de choses.
- Mais, Maître, elle m’a juste parlé d’un pégase à aller choisir, c’est tout. Quand reviendrai-je avec vous dans la grande salle ?
- Je crains que nous n’y revenions pas. Viens, je t’expliquerai... Non, lui t’expliquera mieux que moi, reprit-il doucement, comme pour lui-même. Viens.
Je me levai donc, remerciai et saluai la suivante et suivis mon maître. Il marcha quelques temps dans un couloir illuminé par la lumière entrant par des ogives monumentales ressemblant à celles de notre salle avant de m’expliquer où il m’emmenait.
- Tu sais que tu n’es pas dans un monde ordinaire. Ici, tu as pu devenir une combattante aguerrie en trois mois, ce qui est parfaitement impensable dans ton monde. Et tu possèdes un don. Ne m’interromps pas, je sais que tu en as envie mais pour l’instant je parle. Tu es donc avant toute chose une combattante ici, et une combattante se doit d’avoir une monture...
- A quoi bon avoir une monture si je ne peux pas la monter ? C’est totalement impossible de chevaucher un quelconque cheval avec cette robe !
- Ah ! Oui, c’est un fait. Tu portes une robe, et sur un cheval ordinaire, une robe ordinaire ne pourrait que te gêner. Mais ce n’est pas une robe ordinaire, et tu ne monteras pas un cheval ordinaire. Regarde.
Il s’écarta et je vis le spectacle le plus étonnant qui ait jamais atteint mes yeux. Il y avait derrière lui (je ne l’avais pas remarqué jusqu’alors, car la stature impressionnante de mon maître le dérobait jusqu’alors à mes regards) un enclos de piquets de bois. Et cet enclos était peuplé des plus beaux animaux imaginables. Des pégases. Je n’avais pas pris au sérieux la suivante, pensant qu’elle désignait par ce nom flatteur des chevaux, magnifiques sans doute, mais des chevaux. C’étaient des chevaux, certes, mais des chevaux ailés, de toutes les robes, de toutes les nuances, de toutes les tailles. Je restai muette d’émerveillement devant ce spectacle. Soudain, les pégases s’ouvrirent en une sorte de haie d’honneur, et un pégase blanc s’avança vers mon maître et moi. Je me tournai vers lui, et il me dit simplement :
-Il t’a choisie.
Alors je plantai mon regard dans celui de l’animal. Mon pégase. Il était blanc, immaculé, lumineux. Entre ses yeux sombres brillait une curieuse arabesque, qui cerclait ses yeux avant de redescendre en d’élégantes boucles sur son front et son chanfrein. Il posa sa tête sur mon épaule, et je ne sus quoi faire. Je supposai qu’il me fallait lui donner un nom. J’entendis alors dans ma tête une voix qui se présenta.
- Je suis à toi, dès maintenant, comme tu es à moi. Nos destins sont liés. Je suis une partie de toi sans laquelle tu ne pourras rien être, et sans toi je ne serai que poussière et néant. Ensemble nous serons majestueux et nobles, séparés nous n’aurons de cesse que nous ne nous soyons retrouvés. Profite de ma lumière comme je profiterai de ta magie pour me porter. Tu n’auras pas besoin de me donner un nom. Je suis à toi comme tu es à moi. Nous n’avons pas besoin d’un nom pour nous désigner. Je ne serai moi que tant que tu seras toi, je ne pourrai être moi-même que lorsque tu seras toi-même.
Je ne répondis à cela qu’en posant un baiser dans la crinière de ma noble monture. Mon maître me regarda avant de grogner malicieusement :
- Tu parles aux animaux, en plus ! Etre magicienne ne te suffisait donc pas ?
Je lui souris en guise de réponse. Il m’entraîna alors vers une anfractuosité dans la roche, qui s’avéra être une porte menant à une salle de réunion rustique, meublée d’une unique table en pierre monolithique. L’homme qui était venu parler à mon maître la veille était présent, drapé dans une étoffe sombre qui lui conférait un air assez effrayant, et se retourna pour me présenter au reste de l’assemblée. Puis il s’adressa à moi :
- Nous sommes en guerre contre les Vampires, êtres cruels s’il en fut, qui se sont alliés toutes les races les plus viles, les Orcs, les Gobelins, les Trolls. Vous, jeune fille, êtes une arme majeure pour nous. Vous êtes l’arme contre laquelle toutes leurs forces réunies ne pourront rien. Vous êtes une arme qui, bien utilisée, nous donnera la victoire. Mais il faut domestiquer votre don. Vous ne le maîtrisez pas, et n’agissez qu’instinctivement, ce qui est mauvais. La magie seule et brute ne vous servira pas. Suivez Merlin, fit-il en désignant mon maître, il vous enseignera les rudiments du maniement de votre don. Nous devrons partir rapidement, continua-t-il, s’adressant à la dizaine d’autres personnes rassemblées autour de la table. Dans une semaine il peut être trop tard. Les Vampires se sont rassemblés dans leurs forteresses, plus nombreux que jamais. Leurs alliés affluent vers les terres qu’ils nous ont prises avant de nous acculer à cette montagne. Les soldats doivent être prêts à partir avec toutes leurs armes, tout leur équipement et leur monture sellée et caparaçonnée dans l’heure si cela leur est ordonné.
- Ils sont entraînés à cela.
- Alors précisez-leur simplement qu’il sera bientôt temps. Allez.
Les présents s’inclinèrent et sortirent par la porte que Merlin et moi avions empruntée. Lui resta seul devant la table et l’homme qui donnait les ordres. Celui-ci s’effaça et lui montra l’entrée de la caverne qui s’enfonçait dans le roc après cette salle. Il y pénétra sans un mot, sans vérifier que je le suivais. Il me laissait encore libre de mon choix. Un instant je fus tentée par la perspective de rebrousser chemin, mais le regard de l’ordonnateur m’en dissuada. Avec le désagréable sentiment de n’être plus qu’un pantin dont on secouerait les ficelles, j’emboîtai le pas à mon maître.
De mon entraînement dans la caverne, je ne peux rien dire. Quand je ressortis par le passage opposé à celui que nous avions emprunté trois jours auparavant, après l’entretien dans la salle à la table de pierre, mon pégase et celui de mon maître nous attendaient, piaffant d'impatience. Ils étaient magnifiquement harnachés, ou plutôt portaient des selles magnifiques, car aucune bride ne retombait sur leurs encolures majestueuses. Je passai ma main dans la crinière de mon pégase et, sans savoir comment, je posais un pied dans l’étrier et me retrouvai en selle entre deux ailes puissantes. Mon maître, qui avait retrouvé son rayonnement d’antan (comme la période de mon entraînement au combat me semblait lointaine désormais !), talonna sa monture, qui partit au galop. A l’instant où j’allais le demander à ma moitié ailée, elle partit plus vite que le vent et rattrapa mon maître en quelques foulées. Nous étions dans une vallée rocheuse, dont les parois brunes, ocres et rougeâtres s’élevaient vertigineusement de chaque côté du chemin que nous empruntions. Le tonnerre des sabots frappant le sol se répercutait et roulait jusqu’au ciel, tandis que le sol défilait sous nous. Enfin, à la sortie d’un tournant, j’aperçus comme une fissure dans la paroi, juste en face de nous. A mesure que nous nous rapprochions, la fissure devint fente, et la fente devint passage. Nous arrivâmes dans une vaste et verdoyante prairie, dont l’horizon était barré par deux énormes collines. Le canyon dont nous venions de déboucher les longeait à l’Est, dans un axe approximativement Nord-Sud. Nous nous rapprochions de toute la vitesse de nos pégases de ces collines quand mon maître poussa le sien à prendre son envol. Alors la voix de ma monture résonna dans ma tête :
- Tiens-toi bien, Magicienne ; serre de toutes tes forces dans ton poing ta bannière et lève-la haut au-dessus de nous. Ils nous attendent, ils savent que tu arrives, et cela suffit à maintenir leur courage et leur vaillance. Nous n’aurons besoin de cette bannière qu’au premier passage au-dessus d’eux, après ils te reconnaîtront, figure sombre sur un pégase blanc à l’aile imparfaite. Oui, lui aussi t’attend. Lève la tête et ton étendard, ils savent que c’est par toi que la victoire passe.
Le versant de la colline se rapprochait. Soudain j’aperçus, à flanc de coteau, les triangles de cavaliers. Chaque triangle formait une compagnie de mille cinq cent hommes, chevauchant si près les uns des autres que leurs bannières semblaient se toucher. Ayant vu les cartes indiquant les positions des troupes dans la salle de la table de pierre, je savais dans quelle compagnie se trouvaient mes camarades, aussi je cherchai des yeux les bannières qui m’étaient si familières, que j’avais vu fabriquer, que même l’altitude à laquelle volait mon pégase ne m’empêcherait pas de reconnaître. Et je cherchai ardemment celle qui aurait pu combler le vide que je sentais en moi. Mon pégase perdit de l’altitude, me permettant de mieux voir l’armée en contrebas. Je scrutai désespérément les compagnies, reconnus dans cette forêt d’étendards pourpres et prunes, rouges et oranges, or et argent, la plupart de ceux de mes camarades de la grande salle, mais de Liorveï, nulle trace. Parmi cette foule ondoyante je me trouvais incapable de reconnaître mon aimé. Pourtant, je lui avais juré de le reconnaître quoi qu’il arrive, de le retrouver entre dix mille, et à présent que j’étais au pied du mur, je ne pouvais pas. J’en étais à ce point de ma pensée quand j’entr’aperçus une bannière jaune. La seule de cette compagnie, à laquelle je savais qu’il appartenait. Je n’avais pas échoué, je l’avais trouvé entre tous. Mon pégase piqua encore plus ; je perdis des yeux Liorveï pour ne plus le retrouver.
- Cesse de te tourmenter, cavalière, tu le reverras, me souffla mentalement mon pégase. Un peu de patience, c’est tout ce que je te demande, et probablement tout ce qu’il te demande aussi. Ecoute. Tu vois ces tours, de l’autre côté des collines ? C’est là que nous allons. Ce sont les forteresses que les Vampires nous ont prises en dernier. Nous faisons route pour les libérer. Nous y serons avant les compagnies que nous avons survolées. Tu sais ce que tu dois faire. Ton maître te l’a expliqué. Je te dépose dans la forteresse et je te laisse explorer les lieux, de sorte que tu pourras renseigner les soldats sur la position de l’ennemi après avoir ouvert la porte principale. Il y a malgré tout un problème. Je ne pourrai pas voler si loin. Mon aile imparfaite ne me le permet pas. Je te laisse donc sur l’autre versant. Un des rares dragons qui restent vivants et qui ont décidé de se joindre à nous te déposera à ma place. Merlin a arrangé ça. Accroche-toi, ma cavalière, j’espère que ce ne sera pas ton dernier atterrissage à pégase... A bientôt !
Je descendis de mon pégase, marchai jusqu’à la limite du versant opposé de la colline et frissonnai en découvrant le paysage en contrebas. Le Soleil, éclatant de lumière sur le versant que gravissaient nos compagnies, se trouvait masqué par la brume noire qui semblait sourdre de la vallée que je contemplais. Au milieu de celle-ci s’élevaient trois énormes forteresses, dont les tours crénelées s’élevaient à des hauteurs vertigineuses vers un ciel bouché par des nuages presque noirs.
Je me trouvais au sommet de la colline depuis environ deux minutes quand une ombre démesurée se profila sur le sol tout autour de moi, m’arrachant à la contemplation des forteresses que nous devrions prendre d’assaut. Le dragon se posa délicatement sur un petit éperon rocheux, tout près de moi. Sans hésiter, je l’enfourchai. En l’air, trois autres dragons, porteurs d’une dizaine de soldats, nous rejoignirent, et nous prîmes la direction de la forteresse qui était la plus proche de nous. Les dragons volaient suffisamment près pour que je puisse parler aux soldats qui m’accompagnaient, et leur expliquai ce que j’attendais d’eux.
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| mardi 05 juin 2007, a 22:31 |
| "Morceau de bravoure", présentation de Nagathrem |
J'ai écrit ce qui suit pour introduire un personnage (le personnage principal, en fait) dans un projet de "roman". Pourquoi morceau de bravoure? J'ai repris ce terme de mes cours de littérature sur Les Métamorphoses d'Ovide ; il désigne tout passage particulièrement travaillé (trop travaillé pour être naturel, mais néanmoins souvent attribué à une personnage) sur un épisode mythologique, connu ou non. Voici donc mon "morceau de bravoure" :
J’ai conquis terre et ciel, et ma déchéance a été aussi grande que ma gloire. J’ai été trahie et rejetée par les miens, abandonnée par mes amis et mes soldats. Je n’ai plus trouvé asile que chez mes anciens ennemis, ceux dont l’éradication m’était apparue comme nécessaire. Je me suis alors battue à leurs côtés, et ainsi je me suis ralliée à l’Ombre. Pourtant je ne les haïssais pas, ces traîtres à leur fer de lance, ces lâches au cœur de pierre. Mon caractère était sans doute trop dur pour eux, et seuls les démons qu’à présent je commande me supportent encore et encore, et ce depuis des siècles déjà... Mes hordes ont semé la terreur sur la terre qui m’avait rejetée, j’ai massacré et pillé sans pitié les renégats, rêvant en secret d’une alliance que je sentais impossible. Ces deux camps se battaient de toute la puissance de leur haine, quand je voulais les réunir par l’intelligence... J’ai échoué, et ce nouvel revers m’a obligée à me retirer sur cette colline. Seuls quelques fidèles et nostalgiques soldats, quelques démons qui croyaient encore en moi, m’ont suivi dans mon exil. Nous avons rejoint cette colline reculée, que nul avant nous n’avait foulée, et jusqu’à laquelle depuis nul n’est parvenu sans aide. Oui, je suis bien la terrible magicienne dont parlent les mythes anciens. J’ai fait sommeiller depuis ma chute mes fidèles, et j’ai vu ce monde tenter opiniâtrement de se détruire sans jamais y parvenir.
[...]
Oui, c’est bien de moi que parlent les anciennes légendes, dont on dit à juste titre qu’elles sont oubliées. Plus personne ne sait ce que j’ai accompli, et je te jure qu’ils n’oseraient plus dormir s’ils le savaient. Sais-tu toi-même pourquoi ton monde est tel qu’il est ? Pourquoi vous vivez entre vous comme des loups au sein d’une meute, sans autre loi que celle de la force ? Sais-tu pourquoi vous ne riez plus, sais-tu pourquoi vous ne connaissez plus les fêtes, sais-tu pourquoi ta terre natale est morcelée entre tous ces clans qui s’entredéchirent ?
[...]
Je vis ici depuis des millénaires entiers, et pourtant ce n’est pas visible. J’ai très peu évolué depuis que j’ai découvert ma magie. Usage conscient ou non, peu importe, mais elle conserve mon corps et mon esprit, dirait-on. Que m’importe ? Il faut que je vive, et c’est peut-être mon serment qui me tient attachée à cette vie haïssable.
[...]
As-tu tenté un jour, un jour seulement, d’imaginer une vie sans mort ? Le monde se voile, perd peu à peu la saveur, et j’ai oublié toutes les fois où je vous ai enviés, vous les mortels, qui mourez en moins de cent ans d’existence. J’ai envié les morts atroces de vos mères et de vos sœurs, j’ai envié le sort de vos frères tombés au combat, moi qu’aucune exaction n’a pu abattre, moi qui n’ai jamais pu trouver la mort au combat. Oseras-tu nier que c’est ta mort qui te fait vivre ? C’est la perspective de cet inéluctable événement qui te fait avancer, dans le seul but de reculer ton échéance. Condition mortelle, comme je te regrette ! Moi aussi, je vivais pour mourir, et d’un coup j’ai trouvé l’éternité. Ô ma mort, tu n’as pas eu pitié, tu m’as oubliée et abandonnée à cette triste vie, avant de me donner enfin l’illusion que je pourrais te rejoindre, mais en repoussant chaque jour, et de siècle en siècle, d’ère en ère, le moment de me prendre et de m’enlever en tes griffes… Icarasht, on se fatigue de la vie, et je suis épuisée. Je veux mourir, et je ne le peux pas. J’ai bravé mille dangers, et je n’ai pas réussi à la tenter. Même le diable n’a pas voulu de moi, je l’effrayais. |
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| samedi 02 juin 2007, a 11:21 |
| "Poème"-fleuve |
Je le confesse, ceci est plus ou moins un écrit de circonstance, réalisé pour une amie qui ne faisait pas confiance à sa propre plume, et qui s'est donc reposée sur la mienne... Evidemment, il n'a pas été divulgué vers l'intéressé ! Par contre, je ne sais pas si on peut considérer qu'il s'agit d'un poème, et m'en repose sur vous !
Gaëlique celtique
Vois-tu ce que tu lui fais
Gaëlique celtique ironique
Regarde-la en face
Gaëlique celtique maléfique
Elle a besoin de toi
Gaëlique celtique
Sans lui répondre
Gaëlique celtique ironique
Jour après jour
Gaëlique celtique maléfique
Tu lui laisse toute une vie pour pleurer
Gaëlique celtique
Alors qu'elle reste seule
Je te dirai cruel
Elle dira inconscient
Je lui dirai tigre
Elle me répondra chat
Chanceux que tu es
Elle ne t'en voudra pas
Quoi qu'elle en dise
Cruel celtique Ange perdu
Tigre orgueilleux Chat câlin
Tout ce dont je te traite
A sa réponse
Elle te défend
Gaëlique ironique
Croirais-tu ça d'elle
Qui ne s'oppose à personne
Gaëlique sceptique
Elle te défend avec son cœur
Son âme sa force sa volonté
Son espoir sa désespérance
Son corps et son amour
Sombre pourtant à en pleurer
Inconscient cruel dur
Que tu es vois-tu clair
Vois-tu ses larmes
La vois-tu souffrir
Depuis des jours des mois
La vois-tu pleurer
Ou fermes-tu les yeux
Détresse au delà de mes mots
Etrange espoir désespéré
Songe irréel réalité rêvée
Chantant pour toi
Parlant pensant rêvant
Pour toi de toi
Tu ne connais pas ta chance
Qui es-tu vraiment
Gaëlique celtique maléfique
Tu empoisonnes sa vie
Diable forcené Ange déchu
Diablotin enragé Ange déçu
Tu as toutes les excuses
Elle a toutes ses larmes
Et elle a toute sa vie pour pleurer
Si tu la laisses seule
5 août 2005
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| lundi 28 mai 2007, a 22:24 |
| Vincent Van Gogh |
C'est une copie de la "Nuit d'été" (si ma mémoire est bonne) de Van Gogh, réalisée il y a cinq ans. |
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| vendredi 25 mai 2007, a 19:28 |
| Portrait d'acteur |
Je reconnais qu'il est difficile de l'identifer, mais il s'agit en principe de Johnny Depp. Je l'ai massacré à partir d'une photo tirée du film "Sleepy Hollow", ou du moins qui est en relation avec son tournage. |
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| mercredi 23 mai 2007, a 22:09 |
| La figure de l'Avarice |
C'est une partie d'un projet (hélas bien vite avorté...), en collaboration avec l'un de mes amis, de représentation des sept péchés capitaux. Vous avez sous les yeux l'Avarice, que j'ai réalisée d'après le portrait que Dürer a fait de sa mère... |
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| mardi 22 mai 2007, a 18:39 |
| Hébert |
Copie de la "Femme de la campagne romaine pensive", dit "Romaine pensive". |
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| lundi 21 mai 2007, a 17:54 |
| Paolo Caliari, dit Véronèse (2) |
Il s'agit d'une copie de l' "Allégorie de la Justice", qui est, si ma mémoire est bonne, une oeuvre de jeunesse du peintre. |
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| lundi 21 mai 2007, a 17:39 |
| Valkyrie Profile (2) |
J'ai mis deux fois en couleurs le dessin que je vous ai présenté précédemment ; la première suivait les couleurs bleues et rosées de mon modèle, et vous avez la seconde sous les yeux, car je n'étais pas satisfaite de la première version. |
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| dimanche 20 mai 2007, a 11:19 |
| Valkyrie Profile |
D'après ce qu'une de mes amies m'a dit, le modèle de ce dessin serait Lenneth, du jeu vidéo Valkyrie Profile. |
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| dimanche 20 mai 2007, a 11:08 |
| Auguste Renoir |
Il s'agit d'une copie du "Déjeuner des Canotiers" réalisée à la gouache ; il m'a fallu un an pour parvenir à ce résultat. |
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| samedi 19 mai 2007, a 12:13 |
| Dessin d'inspiration japonaise. |
J'ai copié ce dessin du recueil "Les plus belles légendes de fleurs", que j'ai perdu depuis, hélas... Il regorgeait d'illustrations qui me fascinaient, donc celle-ci. Je ne me souviens pas des couleurs de l'originale, mais je crois qu'elles étaient relativement proches. Ce dessin a été réalisé au crayon, auquel se sont ajoutées de l'aquarelle et de l'encre il y a cinq ans de cela (je croyais que c'était plus récent... Le temps passe vite !). |
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| samedi 19 mai 2007, a 12:00 |
| Sonnet |
Il s'agit d'un sonnet que j'ai écrit en juin dernier, il y a donc presque un an de cela. Je crois que certains vers sont bancals au niveau du nombre de syllabes, mais je n'ai pas réussi à en enlever ou en rajouter... En illustration, voici une photographie de la sculpture "Cathédrale" de Rodin, prise par ma mère en 2006.
Ode à une époque révolue
Amour, comme est grande ton amère douleur !
A toute force l’homme te recherche en vain,
Ah ! qu’il te trouve donc, faiblesse qui me tiens,
Pure comme mes larmes, si doux baume de mon cœur !
Triste torrent, tu n’es qu’un fleuve de regrets
Qui coule vers une mer d’amertume par qui
L’éternité dont je rêvais vite s’enfuit,
S’enfuit comme le temps, ce vent qui tout balaie.
Encore hier ta pensée était réconfort,
Mais que reste-t-il en moi qui soit assez fort
Pour combattre souvenirs et douloureux pleurs ?
Ta douce présence, mon espérance m’ont quittée,
Seule mon âme troublée reste du passé.
Amour, comme est grande ton amère douleur !
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| vendredi 18 mai 2007, a 18:37 |
| Cours de nu, résultat. |
Voici un dessin réalisé lors d'une pose d'une heure, si ma mémoire est bonne.
C'est le meilleur que j'ai réalisé ce soir là, et le seul qui soit à peu près correct... |
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| vendredi 18 mai 2007, a 17:35 |
| Tristesse |
J'ai réalisé ce dessin sur mes genoux, d'après une jeune fille qui pleurait toutes les larmes de son corps, sur le quai d'une gare. Elle avait l'air tellement seule qu'elle m'a marquée, tant et si bien que je n'ai pu me libérer d'elle qu'en la dessinant, elle personnifiait pratiquement la solitude, et la plus terrible des tristesses.
Mon seul regret, d'un point de vue strictement pictural, est de ne pas avoir réussi à dessiner une larme.
Mon seul véritable remord est de ne rien avoir pu faire pour elle.
Et pour mieux encore l'illustrer, permettez-moi de citer les mots de Baudelaire, tirés des Fleurs du mal :
Recueillement
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. Tu réclamais le Soir; il descend; le voici: Une atmosphère obscure enveloppe la ville, Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multitude vile, Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci, Va cueillir des remords dans la fête servile, Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,
Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années, Sur les balcons du ciel, en robes surannées; Surgir du fond des eaux le Regret souriant;
Le Soleil moribond s'endormir sous une arche, Et, comme un long linceul traînant à l'Orient, Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche. |
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| Présentation |  Sophie Roy, responsable de communication, connue de certains sous les pseudonymes de Sindanarie, Merenwar, Nagathrem, Siudern et/ou Alterea Heavendrop, Mesarthim Pampinea.
Chacun de ces pseudonymes désigne un personnage de RP (Role Play), personnages qui ont été créés en de divers endroits et particulièrement développé sur Ynis Witrin (forum de RP que vous pouviez trouver à cette adresse avant sa fermeture : http://yinis.forumperso.com/forum.htm).
Je vous prie de bien vouloir éviter de copier ce qui se trouve sur ce blog. Si vous en désirez une copie (scan ou document PDF), veuillez me contacter.
Chaque article m'a demandé du temps, j'aimerais donc ne pas les voir réutilisés ailleurs...
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| commentaire(s) | Sonnet DeMo' (07/11/2009 11:17)Salut ,
Je vois q... |
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